Tableau VII (version provisoire)

Publié le par elizabeth971

Le titre de ma pièce est « Dans un jardin » (titre provisoire). Le Tableau VII que vous allez lire est le tableau du jardin. Il décrit un moment de bonheur, de rêve, de créativité, de nostalgie et d’évocation des souvenirs d’enfance et des idéaux de la jeunesse. La scène de rêve est nécessaire dans ce type d’histoire et vous verrez, dans les films, il y a presque toujours une scène dans laquelle les personnages partagent des rêves ou des souvenirs d’enfance. C’est donc un moment important de ma pièce. Je ne pouvais pas faire l’impasse d’un tel moment. D’autant plus que cette scène permet d’agrandir l’horizon et que, dans le mouvement de ma pièce, il y a une idée d’agrandissement du regard que les personnages (et surtout Mona) portent sur le monde qui les entoure. On est bien loin des soucis dans lesquels Mona a l’habitude d’être engluée.

On est loin aussi de la grève, semble-t-il, pendant qu’on rêve à ce qu’était le jardin et à ce qu’auraient pu être les vies des uns et des autres. En réalité, non, on n’est pas loin de la grève, on est même bien dans le sujet. Car la grève, c’est le moment où plus rien ne fonctionne dans la société. Mais puisque rien ne fonctionne dans la société, chacun va avoir recours à son imagination et à ce qu’il a sous la main pour pouvoir s’en sortir.

J’ajoute que les personnages sont désormais ensemble, en famille, réunis autour de projets communs, de souvenirs communs. Même si Mona a tendance à jouer perso, à rester dans son rêve à elle et à ne pas toujours écouter les appels des autres (de Charles en particulier, qu’elle a tendance à isoler).

 

Dans un jardin tableau VII

 

 

 

 

 

 

Dans le jardin et la galerie. Charles et Nico sont assis sur les marches de la galerie. A côté d’eux se trouvent deux paniers pleins de calebasses et noix de cocos. Charles tient dans ses mains une demi calebasse qu’ils observent tous deux.

 

CHARLES

Un bol.

 

NICO

Une théière.

 

CHARLES

Et le bec verseur ? et l’anse ?

 

NICO

On bricole une mini calebasse pour qu’elle devienne un bec verseur…?

 

CHARLES

Mouais

 

NICO

Un vide poches

 

CHARLES

Une boîte à épices

 

NICO

Une lampe

 

CHARLES

Une lampe ?

 

NICO

Désignant la calebasse.

Ça, ça serait le pied de la lampe et on ferait un trou au milieu pour y mettre l’ampoule et à l’intérieur, il y aurait le système électrique et le fil sortirait par en bas. Et au dessus, on mettrait un système de fils de fer pour faire tenir l’abat-jour. L’abat-jour, ça serait des lamelles de calebasse disposées de façon à laisser passer la lumière...

 

CHARLES

Très bonne idée. On pourra faire une très jolie lampe avec celle-ci.

 

Entre Mona (par le côté "galerie")

MONA

Qu’est-ce que vous fabriquez ?

 

NICO

Une lampe.

 

MONA

Une lampe avec …Cette calebasse ? Tu ne veux pas dire …plutôt….Un bougeoir ?

 

NICO

Avec une bougie ? Non, ce n’est pas possible !Si on fait un abat-jour avec des lamelles de calebasses et qu’on allume une bougie au milieu….On risque de mettre le feu à toute la calebasse….

 

CHARLES

Je pense que ta mère pensait au fait qu’il n’y a pas d’électricité en ce moment…

 

MONA

Oui. J’ai l’esprit pratique. Mais en y réfléchissant, on n’a pas non plus de bougies. Je fais ce que je peux pour récupérer la cire des bougies consumées pour faire d’autres bougies avec mais …mon stock de cire ne fait que diminuer…

 

CHARLES

Mon grand-père faisait des torches avec la résine d’un arbre. Il m’emmenait dans la forêt quand j’étais petit, dans les hauteurs, sur le morne….

 

NICO

Et si on faisait un bougeoir avec une noix de coco ? J’ai des noix de coco aussi.

 

MONA

Elles viennent d’où, toutes ces calebasses ?

 

CHARLES

Du jardin de Tante Joséphine. L’arbre à calebasses est derrière sa maison. On  le voit pas d’ici.

 

MONA

Tu as cueilli toutes ses calebasses ? Et si elle revenait ? Elle serait fâchée de voir son arbre vide, non ?

 

CHARLES

Quand une calebasse est mûre, elle doit être cueillie rapidement.

 

MONA

Qu’est-ce qu’il y a d’autres comme arbres, dans ce jardin ? Je suis jamais allée plus loin que la barrière…

 

CHARLES

Y avait pas de barrières ni de barbelés  autrefois. Nico et moi, on est passés par-dessus la barrière pour aller chercher les calebasses. Et on fait pareil pour les autres fruits. Je le connais par cœur, ce jardin, tu sais, c’était mon terrain de jeu quand j’étais petit. Il n’y avait ni barrières, ni aucune des maisons que tu vois d’ici, même pas la mienne. Le jardin appartenait à tout le monde et personne ne pensait à revendiquer une partie du jardin ou une autre. Personne ne pensait, à l’époque, que la terre pouvait avoir un prix, que les maisons qu’on y construirait vaudraient de l’or….

 

MONA

C’est normal pour toi puisque tu étais un enfant.

 

CHARLES

Même chez les adultes, il n’y avait pas cette idée que les terrains pouvaient être vendus pour qu’on y construise des maisons

 

MONA

Après tout, tu as raison, maintenant que j’y pense, c’était le cas aussi chez moi en France. On allait où on voulait autrefois, dans les terrains vagues, les landes et les forêts sans se demander si ça appartenait à quelqu’un

 

CHARLES

Tout le jardin était à nous, c’est-à-dire à mon grand-père et à ses frères et sœurs. Les maisons où on vivait, les uns et les autres, étaient plus loin, vers le bourg, du côté de la maison de maman, tu sais…Je t’ai montré où elle habite.

 

MONA

Oui.

 

CHARLES

Et là, tout ce qui est devant toi, c’était notre petite forêt, notre terrain de jeux. Il y avait des arbres jusque derrière la maison de ma tante – sauf qu’elle n’était pas encore là, cette maison - et de ce côté-là, ils allaient jusqu’à la mer. A l’emplacement de la maison de tante Joséphine, il semblait impossible qu’un jour on puisse construire un bâtiment parce qu’il y avait une ravine. Pour construire sa maison ma tante a été obligée de la détourner. Et elle a aussi mis le terrain à niveau en utilisant tous les rochers qui étaient là….Parce qu’il y avait plein de rochers qui bordaient le lit de la ravine…. C’était de gros rochers. On se perchait dessus, on s’y couchait comme dans de grands fauteuils. Certains ressemblaient à des toboggans, d’autres à des grottes. Ils nous servaient de cachettes quand on jouait aux cow-boys et aux indiens. On courait tous derrière la barrière de rochers en se visant les uns les autres…en criant « Pan ! Pan ! T’es mort. »

Pendant les vacances, on était tous là, tous les cousins, tous les voisins, à jouer dans notre petite forêt. Et quand on avait faim, on grimpait dans les arbres et on mangeait tous les fruits qu’on trouvait jusqu’à ce que notre ventre soit rempli et qu’on ne puisse plus bouger. On restait alors en haut des arbres, assis sur une grosse branche en attendant d’avoir digéré notre festin. Et le soir, on ramenait à nos mamans les fruits qu’on n’avait pas pu manger. A la fin des grandes vacances, il se mettait à pleuvoir et notre ravine sèche se transformait en rivière et parfois même en torrent jaune, furieux, énorme, qui ramenait dans notre terrain de jeux tout ce qui s’était trouvé sur son passage : de la terre, des branches, parfois même, des animaux morts…Quelques semaines plus tard, la saison cyclonique se calmait et on revenait jouer dans notre jardin après l’école, quand on avait fini nos devoirs.

 

NICO

Moi aussi, j’ai vécu dans un jardin quand j’étais petit. Dans le jardin de ma grand-mère, en France. Maman, tu faisais des tartes avec les pommes qu’on ramassait et moi, je mangeais les morceaux de pommes au fur et à mesure que tu les coupais et tu n’arrivais pas à finir la tarte et tu me grondais…Et il y avait une cabane dans le gros arbre qui était au milieu du jardin…

 

MONA

Ce n’était pas vraiment une cabane. On avait juste posé quelques planches sur les plus grosses branches…

 

NICO

Mais moi, je pensais que c’était une cabane et j’y restais pendant des heures…Maman, à cette époque, tu ne travaillais pas. On était heureux…Pourquoi as-tu voulu partir, quitter le jardin de grand-mère?

 

MONA

Il fallait que je parte, que je travaille. Je ne pouvais pas rester chez ta grand-mère…

 

NICO

Pourquoi ? On était vraiment bien…

 

MONA

Ta grand-mère et moi, on se disputait…J’en avais marre des fois…Je voulais…Ne pas être tout le temps obligée de lui obéir, de faire les choses comme elle le décidait comme si j’étais toujours une petite fille….à 30 ans passés, je ne supportais plus ça…..

 

NICO

Mais maintenant, tu obéis à d’autres gens….Tu n’aurais pas fait un travail que tu as l’air de détester, si tu étais restée là-bas…

 

CHARLES

Moi, je n’aurais pas fait ta connaissance…

 

MONA

Ce travail que je fais, je sais bien que ce n’était pas une bonne idée….En réalité, ce que je voulais, c’était être peintre, écrivain ou photographe…Et d’ailleurs, j’ai failli être journaliste…

 

NICO

Journaliste ? Tu aurais pu être journaliste ? Pour un vrai journal ?

 

MONA

Eh bien, j’ai eu le choix entre entrer dans une école de journalisme et accepter un poste à un concours administratif. J’ai été reçue aux deux concours en même temps….

 

NICO

Et tu as choisi d’être fonctionnaire…

MONA

C’était plus raisonnable.

 

NICO

Si tu avais été journaliste….Tu aurais pu rencontrer des gens extraordinaires !

 

CHARLES

Mais moi, tu ne m’aurais pas rencontré.

 

MONA

Nico ! J’avais un enfant ! Tu étais là, toi. Ça aurait été difficile de m’occuper de toi tout en faisant des études…Et surtout sans argent…

 

CHARLES

J’étais très bon en foot. Si, à l’époque, il y avait eu des chasseurs de talents, je serais devenu footballer professionnel !

 

NICO

Waouh ! Imagine ! Toi, journaliste et toi footballer ! Les deux mêmes personnes…Mais avec beaucoup plus de classe !

 

MONA

Je n’aurais jamais été journaliste du sport !

 

CHARLES

Aucun espoir de rencontre alors ?

 

Arrive le voisin

 

VOISIN

Pa ni limiè en kaz !

 

MONA

Pas de lumière ?

 

CHARLES

Il veut dire « pas d’électricité ».

 

MONA

On est en grève. Ils ont dû couper le courant. S’il n’y a pas d’électricité chez vous, il n’y en a certainement pas chez nous non plus

 

VOISIN

J’étais en train d’écouter la radio et d’un seul coup, ça a coupé.

 

NICO

On ne s’en est pas rendus compte, qu’il n’y avait plus d’électricité. On était en train de parler.

 

VOISIN

Et….Je voulais te demander….T’aurais pas une cigarette ?

 

MONA

Personne n’a de cigarettes. On est en grève.

 

VOISIN

A la radio de la Dominique, ils disent qu’y a un trafic

 

MONA

Vous comprenez l’anglais ?

 

CHARLES

En Dominique, on parle anglais mais aussi créole

 

MONA

Ah ! Et ils le font comment leur trafic de cigarettes ?

 

VOISIN

En canot.

 

CHARLES

Mon grand-père faisait ça pendant la guerre…

 

VOISIN

T’as une cigarette ?

 

MONA

Non. On n’a pas de canot pour aller en Dominique.

 

 

 

 

  

 

 

 

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D
<br /> <br /> Sinon, par rapport à ce que je disais l'autre soir, il se trouve que Fantine a une petite copine, qui doit être sa meilleure d'ailleurs, dont la maman est médecin de PMI et la papa routier, je ne<br /> sais pas pourquoi je précise ça sauf que je trouve cela assez remarquable. Le papa est routier et il est de la martinique. Et il y a quelques temps, nous sommes allés diner chez eux. Il m'a fait<br /> du ti punch délicieux, mais il faut faire gaffe avec ce breuvage car c'est bien plus fort que le ricard. L'alcool aidant, il s'est mis à raconter son enfance, et c'était tout à fait ce que tu<br /> racontes. Aller dans les arbres, se nourrir des fruits, le soleil, les poulets de sa maman, etc,etc....Il m'a raconté ce que tu racontes là!! Et il y a 15 jours,ils sont venus chez nous avec<br /> d'autres amis et nous avons picolé, mangé et même dansé!!! Bonne soirée, dommage que mon dos m'empêchait d'en profiter à fond, mais bon....Et là, il nous a dit qu'il allait allaer à la martinique<br /> pour Noël. Cela fait 15 ans qu'il n'a pas vu sa maman en vrai, et 10 ans son papa. Ceux-ci n'ont jamais vu leurs petits enfants.Ses parents sont âgés, plus de 80 ans, et c'est probablement la<br /> dernière fois qu'il le verra. Nous mangions dehors en ce début d'octobre car il faisait une chaleur exceptionnelle pour la saison, nous avons même fait un barbecue. Mais la nuit tombe vite en<br /> octobre, pas comme au mois de juillet, ce qui fait qu'à l'apéro nous nous trouvions dans une semi pénombre. Et bien figure toi, que malgré l'obscurité naissante, j'ai vu des larmes briller au<br /> coin de ses yeux quand il évoquait ce futur voyage, les retrouvailles avec ses parents et tout. Et moi, en vérité je te le dis, comme dirais Jésus, je n'étais pas loind'avoir aussi une petite<br /> larme à la vue des siennes. Pour être tout à fait franc, il me semble même que ma vision s'est brouillée un court instant. Je me suis vite repris. On ne pleure pas entre hommes,non????<br /> <br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Ce monsieur martiniquais doit avoir l'âge de mon doudou. Tout a vraiment changé dans leur pays et à cet âge, ils ont encore la mémoire de ce qu'était leur pays et les enfants d'aujourd'hui<br /> ne connaissent rien de tout ça. Ils ne pensent qu'à la mode comme en France. C'est plus facile et moins cher d'aller des Antilles vers la France que le contraire. Je peux aller souvent en France<br /> car je ramène des produits de France qu sont moins cher qu'en Guadeloupe. Je parle souvent des shampoings (11 euros en France contre 17 ici) mais il y a plein d'autres produits qu'il vaut mieux<br /> acheter en France (sauf fruits et produits inflammables et....drogue bien sûr). Les douaniers m'ont confisqué les pommes du jardin de ma mère l'autre jour et j'en ai mangé deux sous leurs yeux<br /> pour ne pas gaspiller...<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> Coucou,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Tiens en relisant ton texte, une question me vient: tu as vraiment manqué, comme Mona,être journaliste? Et ton métier te déplait-il autant que ce que dit Mona? Je pose la question, car pour<br /> m'être essayer à inventer quelques petites histoires, je suis maintenant convaicu qu'on y met forcément beaucoup de soi....<br /> <br /> <br /> Sinon, dans cette scène, l'impression que j'ai eue par rapport à Charles a été qu'il devait être bien triste, pour la bonne et simple raison que Mona ne répond pas à sa question "et moi,<br /> alors???". J'ai trouvé cela assez dur pour Charles, en fait.<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Je suis passée à côté de très belles possibilités. Surtout par timidité et parce que je me disais que je n'y arriverais pas. Pour ce qui est du journalisme, j'ai eu le choix entre IUT de<br /> journalisme de Bordeaux et diplome (bas niveau) de bibliothécaire. L'IUT de journalisme de Bordeaux est maintenant inccessible alors qu'à l'époque j'y serais entrée facilement avec ma maitrise de<br /> lettres. Mon travail, je ne le déteste pas autant que Mona -je fais même pas mal de trucs intéressants - mais le côté administratif est affreux. Je réalise tous les jours que je n'étais vraiment<br /> pas faite pour l'administration. Et merci d'avoir remarqué que Mona n'écoute pas Charles quand il dit qu'il l'aime. Elle a du mal à apprécier ce qui est un cadeau que la vie lui fait.<br /> <br /> <br /> <br />