alcool
Le bon côté de l’alcoolisme, c’est l’ivresse.
Ceux qui ont vu ce vieux film qui s’appelle Un singe en hiver ont certainement le souvenir de la réplique de Jean Gabin quand sa femme l’autorise à boire un verre de vin par jour. Il n’en a rien à foutre de son verre de vin « ce qu’on veut, c’est l’ivresse ! » déclare-t-il alors.
C’est ce qu’on veut tous, l’ivresse, parce qu’elle ne nous apporte que des agréments, des plaisirs, du bonheur. Au début en tout cas. Tant que l’alcoolisme n’a pas fait son entrée sur la scène..
L’alcoolisme (le mot lui-même est laid) existe parce que l’ivresse (quel joli mot !) existe.
Que celui qui n’a pas découvert, vers l’âge de quinze ans, que l’ivresse lui permettait d’oublier qu’il (ou elle) était un être au physique ingrat, mal aimé de ses camarades, qui n’a plus grand-chose à voir avec l’enfant joli et insouciant qu’il était encore il y a trois ou quatre ans, jette la première pierre à l’alcoolique.
Que celui qui n’a pas réalisé que lorsqu’il était ivre, toutes ses inhibitions, toutes ses timidités tombaient et qu’il devenait du coup un être gai, spirituel, capable de danser au milieu des autres, jette la première pierre à l’alcoolique.
Que celui qui n’a jamais dragué (avec succès, enfin !) grâce à une ivresse légère, jette la première pierre à l’alcoolique.
L’ivresse légère permet d’oublier le « moi », pas le moi authentique, intérieur, lointain, presque inaccessible, mais le « moi » qui gère toutes nos affaires courantes, qui râle, se plaint, se prend au sérieux, le « moi » omniprésent, ce « moi » gendarme qui fait de nous un être complexé qui se cache, n’ose rien dire, rien faire.
Une fois que vous avez goûté à l’ivresse, surtout si vous faites partie de ces êtres qui se sentent inférieurs et laids et mal compris du reste du monde (et le reste du monde ne sait pas ce qu’il perd) vous avez forcément envie de la retrouver, cette ivresse, cette amie qui vous valorise, et ça, le plus vite possible.
Malheureusement, l’ivresse fait partie des grandes illusions de l’humanité. Elle est le bonheur d’une expérience presque unique. Chaque nouvelle ivresse vous éloigne un peu du bonheur que vous avez connu lors de la première ivresse. Vous n’êtes pas aussi séduisant à la dixième ivresse que vous l’étiez à la première. Et à la millième, vous ne l’êtes plus du tout. Mais chacune de ces ivresses vous donnera quand même cet oubli de soi si recherché, si libérateur, qui vous a donné l’illusion du bonheur lors de votre première ivresse.
Plus les ivresses seront rapprochées et fréquentes, plus vous vous éloignerez de l’objectif recherché et surtout, de la considération de vos amis. Au bout de quelques années, l’ivresse n’est plus l’état que vous recherchez ; l’objectif est oublié ; l’habitude s’est installée ; l’ivresse est devenue addiction. Vous êtes alcoolique et votre corps réclame l’alcool, voilà tout. Il s’alourdit, se gonfle et au moment de l’ivresse….(Non, il n’y a plus d’ivresse : vous passez directement cette étape) Vous êtes laid et stupide.
En couple, vous êtes confronté à votre miroir : l’épouse qui vous fait la gueule à cause de l’état dans lequel vous vous êtes mis. Ce n’est quand même pas pour vous faire emmerder que vous avez installé cette femme dans votre maison, dans votre lit, dans tous les lieux où vous pourriez quand même espérer être tranquille et ...libre de boire... encore un peu plus… Mais elle vient de vider votre bouteille dans l’évier, la salope…Elle a tué votre meilleur ami, le précieux liquide contenu dans la bouteille jusqu’à il y a un instant….Vous hurlez ! Vous....Vous frappez ? Non. Pas vous...Vous ne toucheriez pas à un cheveu d'une femme....Bref. Les hostilités sont ouvertes. Le bonheur du couple est fortement compromis.