analyse de ma scène d'exposition
Merci, Dexter, pour tes commentaires éclairés. Tu étais, bien sûr, le seul à pouvoir commenter ainsi le texte que j'ai publié puisque je t'avais envoyé en privé certaines pages de mon travail il y a quelques mois.
Il est vrai que nous avons fait ensemble un certain nombre de réflexions sur ce qu'est le travail d'écriture et de création artistique sur mon blog et sur le tien.
Il me semble logique, donc, de te privilégier dans mes travaux plus concrets. C'est un peu ce que l'on fait dans les stages d'écriture.
Tes commentaires, cher Dexter, sont très constructifs. Ils me permettent d'aborder la question de la scène d'exposition.
Car, ce que j'ai publié jusqu'à présent, le tableau I de ma pièce, c'est la scène d'exposition.
L'objectif d'une scène d'exposition est de présenter ce qui arrivera dans la pièce, un peu comme l'introduction dans une dissertation : on doit dire le maximum de choses pour que le lecteur ou le spectateur sache de quoi ça parle.
Les personnages importants sont là et leurs caractères ou leurs obsessions apparaissent aussi clairement que possible.
Dans ma première version, cher Dexter, les acteurs de la grève, Elie et Willie, l'un qui était le responsable de la grève, l'autre qui était celui qui voulait que tout rentre dans l'ordre, occupaient une place très importante dans le premier tableau. Si je leur laissais une place aussi importante, cela voulait dire que ma pièce allait parler de la grève et des arguments qu'apporteraient l'un et l'autre des deux personnages politiques à la nécessité d'une grève : pour l'un (M. Elie) la grève devait faire prendre conscience aux habitants de l'île, du danger qu'il peut y avoir à rester dans un système de dépendance (l'antillais est dépendant les containers qui viennent de France, à plus de 90%) et ce système de dépendance implquait l'abandon des terres agricoles locales et le risque de la destruction des paysages et de la nature en général, au profit de constructions pour les touristes mais aussi pour les habitants, de plus en plus habitués au luxe.
Pour l'autre, M. Willie, les habitants de l'île étaient très heureux de ne plus vivre comme autrefois dans la misère et la maladie ; les plus pauvres s'enrichissaient au fur et à mesure que les plus riches s'enrichissaient : même si l'écart entre riches et pauvres était de plus en plus important, du moins, les pauvres n'étaient plus pauvres comme il l'étaient autrefois et il fallait donc continuer dans ce sens, dans le sens du progrès et du bonheur - car, selon Willie, c'était bien du bonheur qu'il procurait aux habitants, en leur permettant de vivre dans le monde de la matérialité glorifiée.
Voici donc, résumée, l'histoire que j'avais dans la tête au début de mon idée de cette pièce. Et mes personnages Mona et Charles observaient, depuis, leur salon, les débats politiques de Willie et Elie et, au fur et à mesure de l'évolution de la grève, ils évoluaient aussi.
J'aimais bien cette idée.
Seulement, au fur et à mesure de mon écriture de la pièce, le personnage de Mona s'est imposé à moi et le personnage de Nico, le fils de Mona, s'est mis aussi à agir et ses actions sont devenues une véritable intrigue dans ma pièce.
J'ai donc choisi de développer l'intrigue concernant Nico, le jeune garçon qui aime faire des "tirages" sur la route avec ses copains, qui met sa vie en danger et celle des usagers de la route en roulant jusqu'à 200 à l'heure sur des routes limitées à 90.
Ce jeune garçon va s'en aller avec la voiture pour faire le plein pour sa mère (qui, elle, a une obsession concernant la nécessité de travailler); il part avec la voiture contre l'avis du "beau-père", qui lui, est plus conscient des agissements de Nico que ne l'est Mona. Il part, donc, en mission et la mission ne se déroulera pas comme prévu.
Et voilà, un intrigue est ébauchée. Mais cette intrigue, pour pouvoir être mise en valeur, pour qu'elle puisse être comprise comme une intrigue, exige un sacrifice important dans la scène d'exposition : j'ai dû reléguer le débat d'Elie et Willie à un arrière-plan, à un contexte dans lequel s'inscrira l'intrigue, celle qui concerne les trois personnages : le fils ("mauvais fils " pendant un moment), la mère (une personne généreuse et travailleuse), le beau-père (qui semble ne pas porter le fils dans son coeur).
Le sacrifice que j'ai fait, celui de réduire le long dialogue de Willie et Elie à quelques mots, était de taille.
C'est quelque chose que j'ai compris dans le processus de créativité : il faut accepter l'histoire que l'inconscient nous révèle (notre histoire intime en fait), il faut accepter de se laisser guider par l'inconscient. Et il faut aussi accepter de sacrifier quelque chose à quoi on tenait.
En cela, le processus de la créativité est semblable à celui de nos actions dans la vie : il nous montre qu'on crée sans arrêt des attachements mais qu'il ne faut pas tous les trainer comme des boulets sinon, on ne sait pas où on va et on s'alourdit terriblement.