auprès de mon arbre
Ce week-end, j'ai recommencé à dessiner l'arbre à pain.Il est de nouveau "dessinable". Il va mieux. Sa dernière blessure lui avait été infligée par un camion qui était passé trop près et avait arraché une grosse branche. C'était peut-être il y a deux ans. Les feuilles qui ont repoussé grâce à la pluie qui tombe beaucoup cette année masquent un peu la blessure. Il a assez fière allure. il reprend de la force et pourra certainement enfin produire à nouveau de délicieux fruits-à-pain dans quelques mois.
Dessiner l'arbre à pain en direct est quelque chose d'important. C'est un acte guérisseur. Pour moi et peut-être aussi pour lui. Dessiner est de toute façon un acte guérisseur. Je le sais depuis le temps que je consacre la plus grande partie de mon temps libre à dessiner. Je suis moins fâchée contre les évènements et les gens qui blessent mon égo. Le temps que je passe à dessiner est un temps pendant lequel je ne fais pas autre chose. je dessine et c'est tout et je progresse. Et mon univers s'affirme.
Ce que l'on choisit de dessiner a une importance. Il y a des milliers, des millions, peut-être des milliards de sujets possibles. Dessiner le paysage qui est devant sa porte est ce qu'il y a de plus normal, de plus évident, selon moi. C'est un sujet classique. Mais il pourrait y avoir bien d'autres sujets évidents et classiques : auto-portrait, nature morte, bouquets de fleurs, objets familiers comme la chaise de Van Gogh,... Henry Moore, un peintre anglais du XXème siècle a publié un album de dessins qui s'appelle "les moutons" et on n'y voit que des moutons. Il explique : "je dessine des moutons parce que c'est ce que je vois quand je suis chez moi."
Si j'ai choisi de dessiner l'arbre à pain ce week-end, c'est parce que, à un moment, en regardant dans sa direction, je l'ai trouvé en beauté. Le choix que l'on fait de dessiner tel ou tel sujet est donc également dicté par une vision qu'on a à un moment. Il y a un désir qui se crée à un moment.
Les dessins que j'ai faits hier ne sont pas finis. Ils risquent de rejoindre les centaines de dessins non finis de l'arbre à pain. C'est peut-être inutile. ça peut sembler l'être de l'extérieur. On pourrait aussi dire que je travaille mes croquis en dessinant, sans but précis, un dimanche matin, un peu de l'arbre à pain qui ruisselle sous la pluie.
J'ai fait plein d'autres choses, ce week-end, il y a eu plein d'évènements familiaux, mais ce que je retiens, c'est ce retour vers l'arbre à pain, ce désir que j'ai eu de recommencer à le dessiner.