chèvres et chevreaux
J'étais en France il y a un peu plus d'un mois, en vacances. Je repars dans un mois pour plus longtemps, pour de grandes vacances sans salaire : ma disponibilité.
C'est que s'occuper de sa famille est une priorité absolue. Mais pour s'occuper de sa famille, il faut avoir franchi bien des obstacles et celui du financement n'est pas le moindre. Pour financer ma disponibilité j'ai dû faire des économies. J'en ai fait depuis trois ans en éliminant certains achats, certains abonnements, certaines assurances, certaines habitudes...Mais tout n'est pas éliminé, loin de là. Ce qui est certain, c'est que ce qui semblait difficile à éliminer, une fois que ça l'est, on ne revient plus dessus. Ou si on revient dessus, c'est avec un autre état d'esprit. L'élimination de la voiture, dans ma situation, a pris bien des formes, bien des détours, bien des rebondissements. Je ne vais plus au travail en voiture de façon systématique. Je prends quand même la voiture quelquefois : quand il pleut ou quand j'ai des courses à faire après le travail. Je n'ai donc pas éliminé la voiture. J'ai éliminé l'idée que j'avais autrefois qu'il est indispensable d'aller au travail en voiture. Mon doudou a une voiture et je l'utilise pour aller au travail dans certaines occasions. Quand il ne pleut pas ou que je n'ai pas de crouses à faire, je pars à pied. J'utilise le bus (ou le co-voiturage) dans la première partie du parcours, et je marche dans l'autre partie du parcours. La tentation d'utiliser la voiture -même quand il ne pleut pas- existe mais je l'ai surpassée. Je me rends compte que je préfère le système bus + marche à pied au système voiture. Je suis moins stressée. Je n'ai pas peur quand je suis transportée par d'autres ou quand je marche, alors que j'ai peur quand je conduis.
Bien d'autres sources de dépenses ont été éliminées. Pas toutes. Nous continuons, mon doudou et moi, à manger au restaurant d'à côté le samedi soir. Le même restaurant où nous sommes le plus souvent les seuls clients. C'est une habitude et c'est de l'argent que je dépense (un cadeau que je lui fais toutes les semaines) mais une habitude qui reste nécessaire.
Toujours est-il que j'ai fait des économies et que je pars m'occuper des miens. Bientôt.
De ma mère qui se sent abandonnée.
De mon plus jeune fils qui prend en charge ma mère le week-end, gentiment. Il va la chercher chez elle le dimanche matin, elle déjeune avec lui et sa famille et il la ramène. A moi de prendre le relais....D'ailleurs, quand il a été si malade (il va mieux et a repris le travail), il ne pouvait pas s'occuper de sa grand-mère. Elle a fait ce qu'elle a pu mais le sentiment d'abandon était bien là.
De mon fils ainé aussi. C'est à lui que je pense le plus. C'est lui qui a le plus besoin de ma présence. Il a choisi un mode de vie que j'approuve mais qui est bien difficile. Il vit dans ma maison de Charente, sans confort, sans chauffage et promène ses chèvres de prairie en prairie, de forêt en forêt pour les faire survivre en attendant le printemps et en m'attendant, moi.
Le démarrage réel de son entreprise ne pourra se faire que si une autre personne (moi) est là, pendant quelque temps, avec lui. Pendant qu'il s'occupera d'éliminer le fumier, de réparer les véhicules, je pourrai promener les chèvres. Pendant qu'il montera des clôtures, je pourrai nettoyer la cuisine pour la transformer en laboratoire de fabrication de fromage.
Physiquement je suis ici, sous les tropiques, mais ma tête est là-bas, avec ma famille, avec les chèvres de mon fils. Je regarde les prévisions météo tous les jours. Le redoux arrive. Il fait bon dans la journée. Les arbres vont bourgeonner dans quelques jours et la forêt redeviendra un garde-manger pour les chèvres. Quatre petits sont nés dans la cabane où il loge ses chèvres. Il faut nourrir les mères et le printemps qui arrive y pouvoiera.