Le "j'accuse" de Jacquard

Publié le par elizabeth971

La pièce que je suis en train d'écrire est plutôt politique. Dans ma pièce il y a deux personnages secondaires qui débattent sur la validité d'une grève. L'un de ces personnages est pour le capitalisme, l'autre contre. Ce débat ne représente pas l'histoire de ma pièce,  son intrigue, et le fait que l'un ou l'autre de ces deux personnages gagne ou non ce débat sur le  capitalisme n'est pas très important pour ma pièce. Je ne le crois pas du moins. N'empêche qu'il faut que les arguments de chacun de ces deux personnages ait un  minimum de vérité.

Aussi, je suis allée chercher des informations sur ce sujet dans le livre de Jacquard  "J'accuse l'économie triomphante". C'est un livre extrêmement clair et bien écrit.

Finalement, je l'ai entièrement relu, hier, et j'ai recopié quelques passages que je trouve vraiment très clairs :

 

Adam Smith (cité par Jacquard) :

« Tout se passe comme si une main invisible intervenait pour servir l'intérêt collectif en utilisant la multitude des individus qui recherchent leur intérêt personnel. »

                                     

Jacquard : « décidément, tout est pour le mieux ; il suffit de laisser agir les comportements spontanés, même si, apparemment, ils présentent un visage aussi peu sympathique que l'égoïsme. »(Jacquard, p 43-44)

« Le doute pourrait s'insinuer dans les esprits lorsque l'on constate les conséquences de cet intégrisme dans des domaines aussi divers que l'agriculture, le logement, l'emploi, le sport ou la destruction de l'environnement. On n'a que l'embarras du choix lorsque l'on énumère les catastrophes provoquées par l'économisme. » (Jacquard p 44 )

 

 

 

Les decision makers :

 

« Ces personnages n'ont guère plus de raisons que d'autres d'être pervers et malfaisants. Ils sont, comme chacun, victimes de quelques résidus d'infantilisme leur faisant désirer la fortune et la gloire ; mais ils sont le plus souvent désireux de remplir au mieux la tâche qui leur a été confiée. « Au mieux », cela signifie qu'ils jugent leur action en fonction de quelques critères. Dans la société d'aujourd'hui, ils ne leur sont pas proposés, comme autrefois aux rois, par quelque chapelain leur rappelant les prescriptions de l'Evangile, mais par de savants économistes qui leur exposent, face à chaque problème quelles positions adopter pour maximiser les bénéfices du prochain exercice ou la rentabilité attendue à long terme. » (Jacquard p 39)

 

 

p 35 : « c'est une adhésion collective à un raisonnement fautif qui nous a menés dans cette situation. »

 

« L'évolution des banlieues des immenses mégapoles, en Amérique latine par exemple, anticipe ce qui risque de se produire bientôt dans toutes les grandes villes. Les jeunes, devant qui l'avenir est totalement fermé, ne peuvent réagir autrement que par la délinquance, la prostitution, la drogue. Les exactions qu'ils commettent justifient la création par quelques policiers, excédés par la lenteur et l'inefficacité des tribunaux, d' "escadrons de la mort" aux méthodes expéditives. La violence provoque, entretient, amplifie la violence en un processus implacable. Aujourd'hui, la nuit, dans les rues de Rio, les automobilistes ne s'arrêtent plus aux feux rouges de peur de devenir une cible trop facile. » (P 34.)

 

« Les sociétés occidentales cherchent dans la croissance un remède à leurs difficultés ; elles en espèrent notamment la solution du chômage, ce qui est, notoirement, un leurre. La moindre exigence est de renoncer à l'hypocrisie. Choisir la croissance, pour nous, c'est en faire subir les conséquences à l'ensemble des autres. C'est donc admettre que l'égalité des droits n'est qu'un concept bon pour les philosophes, les « idéologues » ou les poètes. Les décideurs réalistes ont, eux, d'autres priorités. Il leur faut être compétitifs, concurrentiels, efficaces. À partir d'une telle logique, le Nord peut, par pure bonté d'âme, aider le Sud à entrer dans le jeu de la croissance. Mais il faut souhaiter que cette aide sera sans trop d'effet ; sinon, le jour où ma planète sera totalement exsangue viendra plus tôt encore. »

(p 28)

 

 

 

 

« Le règne de l'argent s'est imposé. Le constat de l'importance de cet argent n'est pas nouveau.

Ce qui est nouveau est l'omniprésence dans les arguments justifiant telle ou telle décision des raisonnements économiques.

Il ne s'agit pas seulement d'arrondir son bas de laine, mais d'insérer l'essentiel de son existence dans le processus de la concurrence, de la compétition, où les maîtres mots sont rentabilité et victoire du meilleur. L'objectif affiché est de devenir un « gagnant », comme si un gagnant n'était pas, par définition, un producteur de perdants. En nous présentant cette attitude de combat permanent de chacun contre les autres, comme une conséquence nécessaire de la « lutte pour la vie » qui s'impose à tous les êtres vivants, les économistes ont enfermé les hommes d'aujourd'hui dans une logique aboutissant à l'échec final de tous.»

 

 

P 87 : « Libéralisme sonne comme liberté. Mais de quelle liberté s'agit-il pour les enfants de dix ans obligés par la misère de quitter leur village et de venir travailler à Bangkok dans des ateliers sordides pour un salaire dérisoire, quand ce n'est pas pour alimenter en chair fraîche les maisons de prostitution ? La véritable liberté est indissociable de la protection des plus faibles. Le libéralisme à l'occidentale est synonyme d'esclavage pour la grande majorité des  hommes, qu'ils soient citoyens des pays du Sud ou relégués dans les couches défavorisées des pays du Nord. »

 

 

 

 P 97 : « en fait la société est victime non des raisonnements des économistes mais de sa confiance excessive en leur capacité à orienter les décisions.

C'est cela l'intégrisme : la croyance en la valeur absolue des affirmations fournies par une doctrine. Et, par conséquent, l'acceptation aveugle de toutes les règles de comportement que tirent de cette doctrine ceux qui prétendent en être les authentiques dépositaires. »

 

 

P 100 : « l'activité d'un groupe est provoquée par l'existence même de ce groupe. Chacun sécrète des besoins en nourriture, en soins, en spectacles, en vêtements, qui donnent valeur aux biens proposés par les épiciers, les infirmières, les chanteurs, les tailleurs. Ces biens ne seraient que production inutile si le besoin ne s'en manifestait pas. La richesse de la collectivité est générée par la mise en communication de ceux qui ont des besoins et de ceux qui peuvent y répondre.

La richesse, c'est les autres. Ou, plus exactement, c'est la possibilité d'échanger avec les autres. Le point de départ de la réflexion est donc l'analyse de ce qui se produit au cours de cet échange.

Il ne suffit pas pour cela d'évoquer les échanges dont parlent les économistes. Bien au-delà des rapports entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, l'échange peut être considéré comme la spécificité de l'espèce, spécificité qui lui a permis de manifester cette étrange propriété qu'est la conscience. »

 

 

P 108 les échanges :

« L’important n'est pas de devenir propriétaire de tel objet, mais d'avoir la possibilité de s'en séparer pour participer à un échange. Donc pour se construire soi-même.

Habitués à nous crisper sur nos biens, à les défendre contre la convoitise des autres, il peut sembler paradoxal que le fondement de la propriété soit le besoin de donner ce qui nous appartient. Mais nos réflexes de propriétaires craintifs sont récents en regard de la durée de l'histoire humaine. Pendant la plus grande partie de cette histoire, les hommes ont vécu comme des chasseurs- cueilleurs constamment de passage d'un lieu à l'autre. Ce nomadisme supposait une grande légèreté. Posséder c'est être lourd, donc empêché d'aller librement là où le gibier et les fruits sont abondants. Lorsque l'on vit au jour le jour, de ce que la nature nous offre on ne peut guère imaginer posséder. D'autant qu'aux débuts de l'humanité les hommes étaient très peu nombreux et pouvaient considérer la Terre comme infinie ; pourquoi s'en réserver telle partie en l'interdisant aux autres? »

 

 

 

P 110 : « l'échange ressenti initialement comme un acte par nature bénéfique devient un acte risqué, qui doit mobiliser toutes nos capacités de lutte. L'autre n'est plus un partenaire, il est un adversaire. »

 

J'accuse l'économie triomphante par Albert Jacquard a été édité en 1995.

 

 

 

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D
<br /> <br /> Quelle belle analyse!!! Je suis d'accord avec tout !!!! Et je prends un coup de bambou quand je vois la date de l'essai....1995. Punaise mais en 15 ans, tout est encore vrai. Tout est encore pire<br /> qu'avant...et le désespoir vient à me guetter...<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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