lundi
Lundi, c’est la reprise après le week-end et en même temps, c’est l’heure du bilan du week-end.
Super week-end, en fait ce week-end….Il y a les choses habituelles : la gestion du rhum et de ses effets sur nos soirées, le dîner du samedi soir dans notre restaurant préféré, l’élève qui aurait dû venir et qui n’est pas venu, les élèves occasionnels qui n’auraient pas dû venir et qui sont venus, en urgence…Et puis il y a eu le temps consacré à ma créativité, mon espace à moi, mon moment dans lequel personne ne pénètre en dehors de mon doudou chéri qui regarde son foot et sourit quand je lui parle de mes créations.
Ce week-end (c’était samedi en fait), nous étions chacun sur un canapé, lui en face de la télé et moi, sur le côté. Je prenais des mesures, je découpais, je collais, j’ajoutais de la poudre brillante, ….bref : je faisais mes cartes de vœux. Je voulais en faire 4 que les différents membres de ma famille destinataires devraient recevoir en même temps. Objectif rempli aujourd’hui lundi : elles sont faites, mises sous enveloppes, pesées et prêtes à êtres envoyées (au fait, j’ai remarqué que les journalistes confondent souvent « près de » et « prêt à » : on ne peut accorder « prêt » que si c’est « prêt à » et non « près de ». Ils font presque toujours la faute).
Revenons-en à mes cartes. J’ai souhaité (au départ) qu’elles aient toutes la même base mais qu’elles soient toutes un peu différentes, personnalisées. La base était une photocopie en couleur que j’ai faite en plusieurs exemplaires (avec le matériel de mon travail). Ces photocopies étaient destinées à être diversement arrangées (découpées, collées) sur les chemises cartonnées (découpées) de récupération qui viennent de mon travail elles aussi. Le sujet représenté sur la photocopie est mon tableau d’arbre à pain.
J’ai commencé à travailler. L’idée était de mettre, sur le devant de la carte, une partie de la photocopie ; et, à l’intérieur de la carte, une feuille pliée en deux dont la partie gauche serait collée à gauche et la partie droite resterait libre comme la page d’un livre (en fait, ça ressemble à un livre qui aurait une couverture illustrée et une seule page à l’intérieur). Ça, c’était l’idée de départ, le plan. Ce qui ferait la différence entre chaque carte, serait le morceau de photocopie choisi pour la « couverture » et le cadre brillant qui devrait entourer l’image de couverture. Et puis, j’ai eu l’idée de décorer (en plus de la « couverture » de la carte) l’intérieur d’une des cartes (celle destinée à mon fils et sa petite famille), d’y coller d’autres morceaux de la photocopie, de mettre au pied de l’arbre des carrés brillants qui représentaient des cadeaux, des ronds brillants qui représentaient les boules du sapin de noël….En fait, je n’étais déjà plus dans le plan décrit par Alain dans son texte. J’étais entrée dans l’étape de créativité, ce qu’il appelle travail de l’artiste :
« Il reste à dire en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution c’est industrie. Et encore est-il vrai que l’œuvre souvent, même dans l’industrie, redresse l’idée en ce sens que l’artisan trouve mieux qu’il n’avait pensé dès qu’il essaie ; en cela il est artiste, mais par éclairs. […] Pensons maintenant au travail du peintre de portrait, il est clair qu’il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu’il emploiera à l’œuvre qu’il commence ; l’idée lui vient à mesure qu’il fait, il serait même rigoureux de dire que l’idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu’il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c’est là le propre de l’artiste. Il faut que le génie ait la grâce de la nature et s’étonne lui-même. Un beau vers n’est pas d’abord en projet, et ensuite fait ; mais il se montre beau au poète ; et la belle statue se montre belle au sculpteur à mesure qu’il la fait ; et le portrait naît sous le pinceau… »
(Alain. Système des beaux-arts)
Le résultat était marrant, ludique, mais pas vraiment très beau ; cependant j’étais entrée dans une autre dimension que celle qui avait guidé mon activité de fabrication de cartes au moment du « plan ». J’ai repris une autre carte et je l’ai habillée à l’intérieur de morceaux de photocopies. Je découpais, je collais, je saupoudrais des paillettes, je ne prenais plus de mesures, j’agissais. Ça fonctionnait. Ça se mettait en place. Et la nouvelle carte s’est alors montrée à mes yeux comme quelque chose qui s’était créé, là, avec mes mains et qui était là et qui était beau et j’ai été étonnée comme dans le texte d’Alain. Etonnée et heureuse. Il y avait, à l’intérieur de ma carte, une reproduction de l’arbre à pain avec, au milieu, une bande de papier sur laquelle on pouvait écrire un texte de vœux et, quand on tournait (comme on tourne la page d’un livre) la bande de papier formant une demie page, l’image complète se reconstituait. Tout simple. Tout bête. J’avais créé une sorte de carte animée. Animée de la façon la plus simple qui puisse exister mais animée quand même, vivante.
A côté de moi, mon doudou continuait de regarder son match. Je lui ai montré mon travail. Il a souri.
Ce samedi, j’ai compris le texte d’Alain.