solidarité familiale

Publié le par elizabeth971

Le douze janvier, c’était un mardi, je recevais chez moi une jeune femme qui travaillait à l’INSEE et m’avait informée (un mois auparavant) de la nécessité de notre rencontre pour un questionnaire sur la solidarité familiale. J’avais été tirée au sort pour être interrogée et je n’avais pas le droit de refuser. Comme je ne travaille pas le mardi après-midi, j’ai accepté de la recevoir ce jour-là.

Solidarité familiale…Tout un programme. Ça tombait bien qu’on m’ait tirée au sort parce que moi, dans ce domaine, je me sens plutôt concernée.

La solidarité familiale, ce n’est pas vraiment une notion nouvelle.

Autrefois, la famille, c’était, en soi, un petit Etat. Autrefois (il y a bien longtemps), l’Etat providence, celui qui nous procure des allocations pour la naissance de nos enfants et ensuite pour leur éducation ; un travail ; un logement ; une sécurité sociale ; une retraite et des maisons de retraite ; cet Etat-là qui doit pourvoir à tous nos besoins, on ne comptait pas trop dessus. D’abord, parce qu’il ne nous promettait pas tout ça. Et puis, on se méfiait quand même un peu de lui : il se rappelait à vous quand il fallait payer des impôts ou envoyer vos enfants à la guerre. Il se servait, quoi.

 

Depuis deux ou trois générations, on considère que l’Etat doit tout nous donner. Nous avons ce droit. Nous mettons à sa tête (par le vote) des gens qui nous promettent toutes ces choses concernant l’éducation, le travail, la retraite. Plein de belles choses qui nous mettent en sécurité.

Alors, petit à petit, on a peut-être un peu oublié la solidarité familiale. On a de plus en plus délégué. D’ailleurs, la famille, elle est de plus en plus loin. On n’habite plus tous ensemble (trois ou quatre générations) dans la même ferme avec chacun son rôle. La terre ne nourrit plus son homme et les membres de la famille se dispersent pour trouver un travail là où il y en a. Loin.

 

Vous voyez, je suis loin de ma famille. Très loin de mes parents, frère et sœurs et même, maintenant, loin de mes enfants.

Comment en suis-je arrivée là ? Toute une histoire. Toute mon histoire. Et dans le questionnaire de l’INSEE, il y avait plein de questions très personnelles, très intimes, par lesquelles on répondait par oui ou par non. Parfois par un chiffre. Le moins souvent possible, par un petit commentaire.

 

C’est un peu drôle de voir défiler sa vie entière au moyen de questions par oui et par non.

A la dernière question, il fallait donner un chiffre :

« Combien donnez-vous à l’un ou l’autre des membres de la famille avec lesquels vous êtes solidaire ? » Il y avait plusieurs propositions. Evidemment, le chiffre que j’ai donné était le plus important parmi ceux qui étaient proposés. Evidemment, puisque mon enfant est étudiant et qu’il a fondé une petite famille. Evidemment puisque, même s’il arrêtait ses études, il ne trouverait pas d’emploi.

On a cherché, mon fils et moi, avec internet, quels emplois au niveau bac ou brevet des collèges on pouvait trouver dans la fonction publique. On n’en a pas trouvé. Si. Un. Dans le ministère des affaires étrangères, pour 2011. Pour 2010, rien. L’Etat ne propose rien à nos enfants. Aucun concours.

En revanche, l’Etat, il leur propose la guerre.

Sur le journal local du week-end, on a vu que onze jeunes venaient de s’engager dans l’armée de terre.

C’est ça, l’emploi qu’on propose à nos enfants.

La guerre.

 

Alors, pour l’instant, j’envoie à mes enfants la moitié de mon salaire. Je renoue avec la tradition.

 De loin, bien sûr.

 

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Commenter cet article
D
<br /> Ton blog est relié au mien....sur overblog....<br /> Cela veut dire que les gens qui sont venus me voir sur overblog sont aussi allés chez toi.....(c'est par la nouvelle barre d'overblog que j'ai vu ça...)<br /> quand appelle internet la toile....<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> Terrible constat pour l'emploi de ton fils.... en tout cas chapeau pour ta solidarité, beaucoup n'en ferai pas la moitié<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Il me semble que l'Etat,qu'il soit Providence ou non,vient toujours demander des impôts. Et je suis aussi certain que l'état,qu'il soit providence ou non,viendra toujours chercher des soldats<br /> pour faire la guerre. Moi au contraire de toi,je n'ai pas l'impression que nous élisons des gens qui promettent toujours plus d'aides,de retraites,etc,etc...J'ai même plutôt l'impression du<br /> contraire. Je pense que nous avons des présidents de droite depuis 1995 et je ne crois pas que la solidarité soit le maitre mot de leur programme. Les gens ne demandent pas plus d'aides,ils<br /> demandent moins d'impôts. Ils vitupèrent contre les chômeurs et les aides accordées à ceux-ci.Ce que je pense c'est que c'est ce genre de discours,répétés à longueur de journée qui fait que<br /> l'individualisme gagne du terrain. La majorité des gens veulent un discours du type:<br /> -je vous ferais payer moins d'impôts<br /> -vous gagnerez plus<br /> -je ferai baisser le chômage<br /> -il est normal que le travail soit plus rémunéré<br /> donc pour cela il faut moins d'état,moins de mauvaise graisse,moins de fonctionnaires,il faut chasser les profiteurs d'aides qui empêchent la bonne rémunération du travail.<br /> Cela les gens l'entendent...car ils se sentent plus malins que les autres...et ils pensent rarement que le chômage par exemple peut leur arriver. C'est un développement incroyable de l'égoïsme<br /> qui est en train de se produire en ce moment.<br /> Donc cela retentit sur la famille. Cela n'est qu'un symptôme d'un mal profond qui s'est ancré petit à petit dans nos esprits. Et je crois que cela est arrivé non pas à cause de trop d'état...mais<br /> justement à cause de pas assez d'état. Il y a comme un sentiment de ne plus appartenir tous à une même communauté. On monte les gens les uns contre les autres:les salariés contre les<br /> fonctionnaires,ou les chômeurs. C'est la loi du diviser pour mieux régner.<br /> Alors je dis bravo à ce que tu fais à titre individuel...car en faisant cela tu es quelque part une...résistante.<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> En réalité, une partie de l'argent que j'envoie aux enfants sert aussi à faire vivre la famille de ma belle-fille au Cambodge. à moi de voir jusqu'où je peux aller dans cette solidarité<br /> familiale. Je prends des risques évidemment.Mais le problème de la pauvreté dans le monde est tellement grave et complexe que je ne sais pas si je prends plus de risques en les aidant qu'en<br /> refusant de les aider. Le système dans lequel nous vivons (au niveau mondial) est totalement amoral et va obligatoirement exploser d'une manière ou d'une autre (de même que tout a explosé à Haïti<br /> au moment du tremblement de terre - mais les raisons d'exploser étaient déjà là, dans l'amorailté du système...)<br /> <br /> <br /> <br />