Sollers, génie de ma jeunesse
Philippe Sollers est un grand écrivain, un écrivain de génie que l'on voyait souvent dans l'émission littéraire de Bernard Pivot dans les années quatre-vingt. Sollers était à l'époque un homme d'une quarantaine d'années peut-être à mi-chemin entre la quarantaine et la cinquantaine. Il était beau. J'ai essayé de lire un de ses livres à l'époque. J'ai juste essayé. Sollers est un écrivain brillant, très cultivé, qui a commencé à publier vers l'âge de vingt ans.
Hier soir, je l'ai vu à la télé, sur la 3, foutant le bordel dans une émission sur les guerres de générations. On y parlait de la retraite, du chômage, des vieux, des jeunes. Sollers, je ne l'ai pas reconnu tout de suite. Il avait l'air d'un vieux. Un vieux excentrique qui faisait vraiment chier les autres invités et l'animateur en coupant net le sujet quand il trouvait qu'on partait trop dans les généralités, qu'on enfonçait trop des portes ouvertes. Il disait, à chaque fois qu'il en avait l'occasion : "arrêtez de dire des généralités ! parlez-nous de vous, de votre vie : je suis un romancier et j'aime qu'on parle de choses concrètes, pas de généralités..." Il disait ça surtout à la jeune femme, une écrivaine brune qui semblait avoir une vingtaine d'années. Il la draguait. C'est que Sollers, c'est un dragueur, un éternel dragueur.
Il avait l'air fou, Philippe Sollers, vieux et fou et pourtant, selon moi, il avait raison : qu'est-ce qu'on dit comme banalités quand on parle des choses en général, des jeunes qui sont privilégiés par rapport aux vieux à un moment, des vieux qui sont privilégiés par rapport aux jeunes à un autre moment, de la pauvreté qui, à toute époque, concerne les vieux, les jeunes et ceux entre les deux et qui est, finalement, le seul vrai problème car, quand on appartient à une famille qui a un patrimoine, on n'est pas concerné par le chômage, par la retraite minimum, qu'on soit vieux ou jeune..."Arrêtez de parler de généralités, parlez moi de vous", disait Sollers.
Et je trouvais qu'il avait raison.
C'est ça, être un génie, c'est être capabe de dire la chose la plus simple du monde : pour parler des autres, il vaut mieux commencer par parler de soi, pour intéresser le public. De son expérience à soi. Car les problèmes des jeunes, des vieux, des chômeurs et des retraités, ils sont différents d'une personne à l'autre. Chacun est unique et en même temps, le cas de chacun est un peu celui de tous.
Merci, Philippe Sollers.