travailler moins et vivre bien

Publié le par elizabeth971

texte de André Gorz (auteur né en 1924. Peut-être encore vivant. Un génie.)

 

Ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas demander à la technique. On peut lui demander d'accroitre l'efficacité du travail et d'en réduire la durée, la peine.

Mais il faut savoir que la puissance accrue de la technique a un prix : elle coupe le travail de la vie et [elle coupe] la culture professionnelle de la culture du quotidien ; elle exige une domination despotique de soi [elle nous domine] en échange d'une domination accrue de la nature ; elle rétrécit le champ de l'expérience sensible [ce que je vois, ce que j'entends, ce que je sens] et de l'autonomie existentielle ; elle sépare le producteur du produit [qu'il fabrique] au point qu'il ne connaît plus la finalité de ce qu'il fait. Ce prix de la technicisation ne devient acceptable que dans la mesure où elle économise du temps de travail. C'est son but déclaré. Elle n'en a pas d'autre. Elle est faite pour que les hommes produisent plus et mieux avec moins d'efforts et en moins de temps. En une heure de son temps de travail, chaque travailleur de type nouveau économise 10 heures de travail classique ; ou 30 heures ; ou 5, peu importe.

Si l'économie de temps de travail n'est pas son but [n'est pas le but du travailleur de type nouveau], sa profession n' a pas de sens.

S'il a pour ambition ou pour idéal que le travail remplisse la vie de chacun et en soit la principale source de sens, il est en contradiction complète avec ce qu'il fait.

s'il croit à ce qu'il fait, il doit croire aussi que les individus ne s'accomplissent pas seulement dans leur profession.

S'il aime faire son travail, il faut qu'il soit convaincu que le travail n'est pas tout, qu'il y a des choses aussi importantes ou plus importantes que lui. Des choses pour lesquelles les gens n'ont jamais assez de temps, pour lesquelles lui-même a besoin de plus de temps. Des choses que le "technicisme machinique" leur donnera le temps de faire, doit leur donner le temps de faire, leur restituant alors au centuple ce que "l'appauvrissement du penser et de l'expérience sensible" leur a fait perdre.

 

Je le répète encore et encore : un travail qui a pour effet et pour but de faire économiser du travail ne peut pas, en même temps, glorifier le travail comme la source essentielle de l'identité et de l'épanouissement personnels. Le sens de l'actuelle technique ne peut pas être de réhabiliter l'éthique du travail, l'identification au travail. Elle n'a de sens que si elle élargit le champ des activités non professionnelles dans lesquelles chacun, chacune, y compris les travailleurs de type nouveau, puissent épanouir la part d'humanité qui, dans le travail, ne trouve pas d'emploi.

 

 

A. GORTZ. Métamorphose du travail. Quête du sens. 1988.

 

 

J'ai rajouté des mots entre [ ]. J'ai également mis en valeur des phrases en grossissant les caractères et en les mettant en gras. Si ça gène au lieu d'aider la lecture, je peux supprimer tout ça.

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D
<br /> Moi je pense que l'entreprise quand elle s'occupe de diminuer un temps de travail en robotisant une chaine de production par exemple,n'a aucunement en tête tout ce que décrit l'auteur. Le seul<br /> but de l'entreprise est de rationnaliser, d'optimiser la production, de diminuer le temps de confection du produit. Et pourquoi fait-elle cela ? Bien évidemment pour optimiser ses profits, pour<br /> gagner le maximum d'argent. Là-dedans, le salarié n'existe pas, il n'est qu'une variable d'ajustement. Car l'entreprise en mettant des machines supprime des employés et donc des couts de<br /> production. cela pose bien évidemment un problème qui est la réduction effective du temps de travail global proposé par les entreprises. Il n'en résulte malheureusement pas de bien-être pour le<br /> salarié et tu sais pourquoi ? Et bien parce que ce temps de travail global qui ne cesse de diminuer (et pas qu'à cause de la mécanisation des usines, mais aussi des délocalisations), il est<br /> partagé!!! Et oui, il est partagé, mais de la manière la plus brutale qui soit, c'est à dire par le chômage. Et malheureusement, la personne qui est au chomage et donc privée de ressources ne<br /> peut guere espérer profiter pleinement de son temps libre, de manière sereine car elle est naturellement dans la souffrance. Pourrait-on trouver un partage juste du temps de travail ? Je n'en<br /> sais rien, mais en tout cas, quand tu entends ce que dit la majorité des gens sur les 35 heures, tu es amené à te dire que l'histoire ne prend la tournure d'une amélioration qui irait dans le<br /> sens de ton auteur......<br /> <br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> je t'avais parlé d'un livre qui s'appelle "la fin du travail" par Rifkin, un américain. Ce livre est sorti vers 1995. Dans ce livre on trouvait cette idée que le temps de travail des salariés<br /> peut être diminué grâce aux progrès de l'outillage, donc cette idée ancienne que les philosophes ont expliquée. Dans la fin du travail, Rifkin montrait une application de ces théories<br /> philosophiques. ce livre m'a énormément marquée.pour moi, c'était lumineux. Mais il y a eu quantités d'articles dans les revues économiques pour expliquer que ce livre était idiot. C'est que les<br /> capitalistes n'ont pas voulu que ça se sache, qu'on pouvait travailler moins, et ils ont boycotté ce livre génial. Et ils ont fait aussi ce que tu décris : ils ont manipulé le système de façon à<br /> ce que la machine ne soit plus un soulagement mais un nouvel esclavage. De la même façon qu'ils ont manipulé la télé, internet, tout...Pour que ça devienne un truc à leur service. Le capitalisme<br /> est diabolique. Je suis d'accord avec tout ce que tu dis. Le chômage est une souffrance insupportable pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir recourir à autre chose comme la philosophie.<br /> Très long sujet tout ça. Si tu avais l'occasion de lire "la fin du travail", tu verrais que Rifkin avait une autre solution à proposer. Une solution qui permettait de ne plus être le sujet du<br /> chantage du chômage. Mais on accusé Rifkin de recourir à l'assistanat. Et pourtant, ce n'était pas exactement ça qu'il proposait. La bise. et merci pour ton commentaire.<br /> <br /> <br /> <br />