retraites : faut-il qu'on se tue tous ?
Je regardais un forum dont le sujet était la retraite et les augmentations de CSG. une personne disait "Est-ce qu'ils veulent qu'on se tue ?" Je pense que oui. ça arrangerait tout le monde. quoique...
ça arrangerait tout le monde que les vieux se tuent si on continuait de penser d'une façon horizontale comme on le fait toujours dans les forum et dans la plupart des émissions de télé. Quand je dis qu'on pense d'une façon horizontale, je veux dire que tout est fait pour que les gens de notre société appartiennent à leur tranche d'âge. Ils sont soit des jeunes, soit des moyens jeunes, soit des vieux. Chez les jeunes, il y a les très jeunes (étudiants ou paumés) ; les gens un peu moins jeunes mais encore jeunes qui ont réussi en créant une start-up, les jeunes qui sont de jeunes travailleurs diplômés ou des jeunes diplômés sans travail ou des trafiquants de drogue ou des jeunes qui sont obligés de dormir dans leur voiture ou des chômeurs qui habitent chez leurs parents ou des chômeurs qui chôment et j'en passe.
Ensuite il y a les quadragénaires. En général, ils travaillent et ont une famille et c'est difficile de joindre les deux bouts avec la maison qu'on doit construire et tout ça. Ou bien ils ne travaillent pas et ont été largués par leur famille et eux aussi ils dorment dans leur voiture. Et il y a les jeunes quadra qui ont réussi et qui se la pètent avec leurs belles voitures et leurs belles maisons.
Et puis, il y a les vieux. Il y en a des riches qui sont propriétaires, qui ont bien profité des trente glorieuses et qui voyagent pendant leur retraite. Il y a ceux qui ne sont pas encore à la retraite et qui sont soit des dictateurs dans leur entreprise, soit de bons chefs de service, soit des placardisés remplacés par un jeune mais payés quand même parce qu'on ne peut pas faire autrement. il y a les chômeurs senior qui continuent de chercher un travail ou pas. il y a les alcooliques qui embêtent leur famille. Il y a les vieux, tout à fait vieux qui sont abandonnés par leurs familles et qui vivent seuls dans leur appartement avec de petites retraites. Il y a ceux qui sont atteints par la maladie d'Alzheimer. Il y a d'autres genre de vieux : j'en connais qui vont bien.
Moi, je vois la société d'une façon verticale. Un truc qui s'appelle "famille" et qui va un peu plus loin que les jeunes parents qui ont deux ou trois enfants. Dans les familles, il y a des très vieux, des moyens vieux, des moyens jeunes, des jeunes, des enfants. et s'il y a certaines catégories du groupe qui ont plus de difficultés financières que les autres (par exemple un jeune étudiant), alors, celui qui peut aider envoie de l'argent ou fournit un local ou transporte l'autre chez le médecin. On fait des échanges entre générations dans une même famille et quand le vieux a la maladie d'Alzheimer et doit aller en maison de retraite dont le prix est supérieur à sa retraite, c'est l'ensemble de la famille qui cherche une solution. C'est l'ensemble de la famille qui est impacté.Il n'y a pas des jeunes qui ont des besoins parce qu'ils veulent profiter de la vie et des vieux qui n'ont pas besoin d'argent parce qu'ils sont vieux et que c'est fini pour eux (on entend souvent ça quand des jeunes sont interviewés sur le budget de l'Etat). Il y a, dans la réalité, des jeunes et des vieux qui cherchent des solutions de vie ensemble.
En même temps, dans les familles, bien souvent, ce sont les problèmes de la société globale qui se reproduisent dans la petite société qu'est la famille et chacun vole l'autre mais en prenant des airs de générosité ou en le faisant "pour le bien" de l'autre. Tout est dans la persuasion.
Il n'en reste pas moins que pour moi, la façon dont on traite la société par tranches d'âge, dans les média et dans les forums, me semble assez dangereuse. On est dans l'opposition permanente : il y a les riches et les pauvres ; les blancs et les noirs ; les gentils et les méchants ; les oppresseurs et les opprimés ; les gens de gauche et les gens de droite (bon, Macron veut nous faire croire qu'il a résolu cette opposition mais je n'y crois pas du tout) ; les fonctionnaires et les vrais travailleurs,...L'opposition actuelle, qui me gène de plus en plus parce que ça fait un bon moment que je me sens concernée par le vieillissement, c'est celle des jeunes et des vieux. Comme si les jeunes étaient une catégorie permanente et comme s'ils ne dépendaient pas, en réalité, génétiquement et socialement, des vieux de leur famille. Sur le plan social, sur le plan économique, sur celui de la culture, celui du sentiment de sécurité, on a les mêmes bases, on transmet les mêmes forces et les mêmes faiblesses, les mêmes talents, les mêmes mauvaises habitudes. Et même si les medias dictent aux jeunes la façon de s'habiller et de se comporter, les origines des uns et des autres les rattrapent : elles sont tellement différentes les unes des autres (nos familles ont les moyens de nous faire suivre la mode ou ne les ont pas du tout)...Il faut bien en tenir compte, de ces origines, de ces familles qui sont là, finalement (si nous parvenons à communiquer) pour nous aider. Si les jeunes ne tiennent pas compte de ces différences (qu'il n'acceptent pas forcément mais qui sont une réalité), si leur seul objectif est de ressembler à des modèles qui n'ont pas les mêmes origines, ils courent à l'autodestruction.
Et en parlant d'autodestruction, à la question "Est-ce qu'ils veulent qu'on se tue (nous les vieux)?", je réponds, qu'en ce qui me concerne, ça arrangerait bien la société que je meure assez vite mais c'est un projet que je dois mettre de côté car mes enfants ont encore besoin de moi. ça ne les arrangerait pas que je me tue.