mercredi après-midi

Publié le par elizabeth971

J'ai passé une bonne après-midi avec mes élèves, hier. Ce que je disais dans un précédent article concernant les associations qui utilisent les échecs des enfants pour soutirer de l'argent aux parents reste valable mais, pour moi, les choses ne se passent plus comme au début de mon expérience de professeur d'aide aux devoirs itinérant. Le mercredi après-midi, j'ai à peu près tous mes élèves dans le même secteur (la dernière habite sur mon chemin de retour). Je ne travaille plus avec les associations mais simplement avec ma réputation. On dit que grâce à moi, Marylène a pu progresser et n'a pas redoublé. Alors, les mamans voisines sont intéressées par ce que je fais (surtout avec mes tarifs qui restent les plus bas du marché car je ne veux pas que les familles en difficulté ne puissent pas s'offrir ça). J'arrive donc à passer d'un élève à l'autre sans déplacer ma voiture.
Pour en revenir à Marylène, elle avait, hier, un devoir de philo à préparer. Le sujet est :
 "prendre conscience, est-ce devenir étranger de soi-même ?"
Voilà un magnifique sujet qui me fait beaucoup penser à la recherche du "moi artiste" que je fais (avec constance et foi) depuis quatre semaines et demi. Prendre conscience, c'est bien ramener sur scène son "moi" étouffé qui fait de la concurrence avec le "moi" officiel mais ce "moi" officiel est-il le vrai "moi" ?
Magnifique sujet....
Nous avons parcouru les cours de Marylène (elle n'a pas le droit d'utiliser son livre, dit-elle), avec difficulté parce que les cours des élèves sont assez incompréhensibles pour les personnes qui ne les ont pas écrits (et même, pour celles qui les ont écrits). Nous butons sur les mots, sur les signes qui peuvent avoir plusieurs sens comme la célèbre flèche mathématique qui veut dire à peu près tout. Quand j'étais en fac de Lettres, j'étais la seule à ne pas utiliser tous ces signes. J'avais une concentration totale quand je suivais les cours. Je ne me laissais jamais détourner par la moindre distraction. Je recopiais tous les mots. Mes phrases fonctionnaient parfaitement d'un point de vue grammatical. J'arrivais à retenir le début de la phrase du prof même quand il en était à la fin de cette dernière ou qu'il avait déjà commencé la suivante et j'écrivais tout. Le soir, je recopiais sans aucune difficulté mes cours (mais, cette fois, en formant bien mes lettres) et mon cours était aussi clair que s'il avait été une photocopie d'un cours de prof. Quand les élèves me disent que pour prendre des notes, il faut apprendre à utiliser des signes, je ne suis pas d'accord car ces enfants qui ne savent déjà pas écrire sans faire de très nombreuses fautes d'orthographe et de grammaire, aggravent, me semble-t-il leur tendance et, bien souvent, le résultat est que personne (à commencer par eux-mêmes) ne comprend rien à ce qui est marqué. Pour ce qui est de Marylène, elle avait déjà commencé à recopier d'une jolie écriture son cours et je l'en ai félicitée. C'était pour la partie non recopiée et surtout pour celle "prêtée par une copine parce que Marylène avait dû aller à l'infirmerie à la fin du cours" que nous avons eu du mal à lire. Nous avons quand même pu repérer quelques idées intéressantes concernant la perception du monde (le "moi" se fabrique à partir de ce que nous connaissons du monde à travers ce que nous voyons, entendons, sentons) et concernant le dédoublement du "moi" et Marylène a pu démarrer son travail.
La cousine de Marylène, Angélique, qui est en quatrième, devait faire un récit fantastique. Nous avons eu un peu de mal à démarrer mais elle a fini par arriver à écrire un beau petit texte qui, je l'espère, conviendra à son prof. Nous avons aussi longuement révisé les passés-simples des verbes du premier et du deuxième groupe. J'avais déjà fait ça avec Angélique quand elle était en sixième mais elle n'avait rien compris. Cette fois-ci, elle a bien compris. J'étais très contente.
Et puis, il y a eu Cyril qui est au-delà du bac et qui a des versions anglaises à faire. Chaque semaine, c'est une version différente, d'un auteur différent. Ce sont souvent, pour moi, de grandes joies de découvrir ces textes littéraires par petites touches (parce qu'au début, on ne sait absolument pas de quoi parle le texte et que nous le découvrons au fur et à mesure, un peu comme quand je faisais de la photo, quand j'était adolescente, et que je voyais apparaître dans le bac de révélateur, les premiers éléments des images). Hier, le texte parlait d'un cheval qui buvait dans une rivière, de manguiers, de femmes qui lavaient leur linge et le laissaient sécher sur des pierres au soleil et riaient, d'odeur de linge propre et repassé,.... C'était un très beau texte qui m'a donné beaucoup de plaisir.
Alors, si je reprends ma question d'hier, concernant le fait qu'il faut être égoïste et garder du temps pour soi-même, pour son artiste, hier après-midi, je n'avais pas l'impression de priver mon artiste intérieur. Il a bien profité avec moi de la leçon de philosophie, du récit fantastique et de la description de la nature tropicale en anglais. Mes élèves ne me prennent rien et ne prennent rien à mon artiste. Quand j'arrive à gérer matériellement le temps que je passe avec eux, tout le monde est gagnant.
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Publié dans éducation

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A
Bon, eh bien je vois que mon commentaire sur ton précédent article est déjà dépassé !!! (en fait, je n'avais pas encore lu celui-ci avant de ma rédaction...) Je vois que nous sommes sur la même longueur d'ondes concernant l'enseignement et que nous nous régalons autant l'une que l'autre dans cette activité. C'est formidable ! Ça doit être de famille...<br /> Bisous
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G
Je trouve cela génial que tu puisses proposer un tarif correct et permettre ainsi aux familles en difficultés financières d'aider leurs enfants... Je te tire mon chapeau... L'altruisme est une belle valeur qui commence à se perdre... Bonne soirée.
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