campagne électorale : une entreprise éphémère
La campagne bat son plein.
Notre équipe a présenté sa liste dans les temps. Je ne suis pas dessus. Ce n'est pas une surprise puisque j'avais demandé moi-même à ne pas y être pour des raisons familiales et parce qu'une jeune femme que je connais assez bien souhaitait être sur la liste. On manque de jeunes sur notre liste. J'ai demandé qu'elle y soit pendant que moi, je m'occuperai de mon association que je n'ai toujours pas créée mais qui va l'être très bientôt.
Faire partie d'une campagne électorale, même si on ne fait pas partie des futurs élus, c'est une aventure humaine très stimulante et au point de vue organisation, nous travaillons dans une véritable entreprise. Entreprise qui a une durée de vie de deux semaines à peu près (si on ne compte que la période de campagne proprement dite), qui demande un véritable investissement en argent, en temps, en travail.
Nous avions hier notre réunion de présentation de candidats. C'était une réunion publique ouverte à tous. Nous étions dans le restaurant du centre bourg, celui où nous mangeons tous les samedis soirs, mon doudou et moi. J'avais d'ailleurs été chargée de la réservation de la salle. J'ai pris pas mal de photos mais mon appareil n'est pas un appareil de qualité surtout quand les photos sont prises de nuit. Une autre personne a pris des photos avec un très bon appareil. Mais elle a pris moins de photos que moi.
Notre candidat principal est un enseignant, un homme intelligent, proche de la retraite. Il a rédigé son programme, j'en ai fait une relecture. Le programme publié en couleur et sur papier glacé a belle allure. il a été distribué hier au cours de la réunion. Notre futur maire (nous espérons être élus) a expliqué son projet, un projet auquel chaque membre du groupe a participé. Nous avons donc fabriqué ensemble notre programme au cours de nos réunions des mois de janvier et février. Et c'est notre chef, le futur maire, qui l'a rédigé et l'a envoyé à l'imprimerie.
Tout se passe dans un temps très limité, tout a des délais stricts. En même temps, le programme est le résultat d'un travail d'observation, de dialogues, de réflexions qui a duré des années. Notre chef explique tout ça devant les personnes présentes. Nous avons une sono, des micros. Il y a un équipement derrière tout ça.
Le public a la parole. Quelques personnes posent des questions. Une question reste sans réponse satisfaisante, celle du pêcheur qui ne peut plus être pêcheur parce que depuis plusieurs mois, la pêche est interdite en raison de la pollution des sols, pollution qui s'est déversée dans la mer et a empoisonné les poissons et les coquillages. Tout le monde sait que cette question est sans réponse. Notre chef répond avec gêne, insiste sur le fait que la situation des pêcheurs est douloureuse, parle d'une reconversion à mettre en place. Que faire ? L'Etat a prévu de petites indemnités limitées dans le temps. La pollution a provoqué de nombreux cas de cancer et de bien d'autres dégâts sur la santé de tous les habitants de l'île. Dans le secteur où nous vivons, la culture de certaines plantes est interdite, la pêche côtière aussi.
On passe à d'autres questions. On parle de l'organisation des élections. On parle de notre local de communication - un local prêté par un sympathisant - on parle du financement de la campagne...
Le financement.... Il faut en parler bien sûr. Nous ne comptons que sur nous-mêmes. Il faut payer la sono, le restaurant qui nous accueille, les ti-shirts de propagande, l'imprimerie, les affiches, les voitures qui annoncent les conférences.
Tout a un coût. Et c'est nous, les candidats et les sympathisants qui payons. Nous payons pour un projet auquel nous croyons et pendant un temps limité, nous vivons ensemble notre projet, nos organisations, nos travaux qui servent à concrétiser le projet.
Et nous sommes heureux pendant cette période parce que nous sommes un groupe d'amis, de gens qui ne se connaissaient pas tous avant et qui se regroupent autour d'un rêve.
La politique, c'est peut-être d'abord ce rêve qui est constitué par la campagne elle-même. Personne ne sait jamais comment les choses se concrétiseront. Allons-nous gagner ? Nous ne le savons pas mais le chemin qui mène à cet objectif, ce chemin plein de rêves et d'amitiés (mais aussi de disputes et de souffrances), ce chemin créé autour de ce rêve, pour aboutir à ce rêve, ce chemin qu'on appelle "campagne", c'est peut-être ce chemin, plus encore que l'objectif, même quand il est atteint, qui donne envie aux hommes politiques de faire de la politique.
La réunion se termine par un cocktail.
Quelques uns (nos ivrognes locaux) ne sont venus que pour boire gratuitement, nous le savons. Mais ils ont dû attendre la fin des discours et des questions pour accéder au bar. Une heure et demie.