ma petite politique
Je ne suis pas sur la liste, je l'ai déjà dit. J'ai fait savoir à notre chef de groupe que je préférais ne pas être sur la liste pour des raisons diverses dont la principale est constituée par le fait que j'ai déjà bien assez à faire à la maison et que je dois résoudre des problèmes familiaux non résolus avant de penser à résoudre les problèmes d'une commune.
Cependant j'essaie de jouer une part active dans notre groupe, chaque fois que je le peux.
Le local que nous avons pour nous réunir a été couvert d'affiches. Nous nous occupons de la documentation à mettre à la disposition de tous. Nous avons des ti-shirts. Nous avons une chanson à nous. Nous avons un atelier de collage d'affiches. Nous avons une équipe de diffusion de messages par hauts-parleurs et la voiture chargée de délivrer des messages électoraux à la commune a été équipée à cet effet. Nous nous retrouvons chaque fois que nous le pouvons dans notre local et nous nous retrouvons à l'occasion des conférences que nous faisons dans différents quartiers de la commune deux fois par soir.
Nous sommes dans les tous derniers jours. Notre courage ne doit pas fléchir même si nous sommes constamment attaqués par nos adversaires. Nous devons rester groupés autour de notre chef.
Certains d'entre nous craquent. C'est un peu comme dans une pièce de théâtre : quand quelqu'un craque pendant une de nos réunions, alors il raconte son histoire devant tout le groupe et il nous faut alors l'aider, le réconforter.
Mon doudou fait partie de ceux qui ont craqué mais lui, il ne parle pas en public, il se console seul, très seul, avec une bouteille et c'est moi alors, qui sors des réunions pour pouvoir passer un peu plus de temps avec lui, l'aider à ne pas se consoler à sa manière, l'aider à trouver une autre forme d'aide.
Ainsi nous vivons, tous, tous les membres de notre groupe, d'une façon un peu plus excessive que d'habitude, en exprimant plus que d'habitude ce que nous sommes, ce que sont nos faiblesses, nos forces aussi parfois, nos peurs. Les sentiments s'exacerbent. on rit, on pleure, on chante, on danse, on est ensemble et quand on n'est pas ensemble (je vais à mon travail, je téléphone à ma famille, je m'occupe de mon doudou en difficulté), une partie de nous reste quand même virtuellement dans le groupe.
Hier soir, je suis allée à la conférence du groupe opposé.
Habillée du ti-shirt de notre équipe, je suis restée debout devant le groupe des auditeurs, à quelques pas des conférenciers. Rien ne nous interdit d'aller aux conférences des adversaires : ce sont des conférences publiques. J'ai écouté. j'ai applaudi quand mes applaudissements étaient mérités. J'ai ri quand il fallait rire. Je savais à quel point je les emmerdais. ça m'amuse beaucoup de jouer à ce jeu-là. Et puis ça m'a permis de recueillir quelques petites informations. Nous en avons toujours, des informations, car il y a souvent des espions dans les conférences. La plupart du temps, les espions se font bien plus discrets que moi, se fondent dans la foule.
En tout cas, ma présence dans le camp adverse m'a permis de corriger mon discours que je dois faire demain sur la place de la mairie et d'inviter un des membres de l'opposition (mon banquier) à m'écouter demain.
Nous connaissons très bien le chef du groupe opposé. Nous savons ce qu'il veut et quels outils il utilise pour obtenir ce qu'il veut. Nous savons qu'il ne serait pas bon pour notre commune de l'avoir comme maire. Nous savons qu'il est dangereux et nous nous battons contre lui pour le bien de notre commune et de ses habitants. il est important qu'on gagne. Ma méthode solitaire de provocation est-elle une bonne méthode ? Je m'amuse beaucoup mais je risque bien de me faire rappeler à l'ordre par mon propre groupe.