Les Petits mouchoirs. Merci Guillaume Canet.

Publié le par elizabeth971

 

J’ai vu les Petits mouchoirs sur Canal Plus la semaine dernière.

J’en parle parce que c’est un bon film avec un bon scénario qui, sur le plan technique, obéit bien aux règles que j’ai apprises lors de mon stage d’écriture théâtrale.

J’en parle aussi parce que c’est un film qui me touche particulièrement, qui, une fois que j’arrête d’y penser sur le plan intellectuel (la technique d’écriture etc) s’adresse directement à mon inconscient,  à mes souvenirs, à ce qui m’a construite telle que je suis.

Ce n’est pas la première fois que je voyais ce film. La première fois que je l’ai vu, c’était chez mon fils. Il en avait un enregistrement. J’ai dit alors à mon fils que j’aimais beaucoup ce film et je lui ai parlé du personnage qui jouait Jean-Louis, le gars des huîtres, celui dont j’avais déjà vu la marionnette dans les Guignols de Canal plus. J’avais vu la marionnette de Jean-Louis des Petits mouchoirs avant d’avoir vu le film.

J’ai dit à mon fils : « si ça se trouve, c’est un gars que je connais, ce « gars des huîtres ». Il a l’air d’avoir à peu près mon âge et quand on était au lycée, il y avait parmi les internes beaucoup d’élèves qui venaient du Cap Ferret et en particulier, des fils d’ostréiculteurs."

 

Quelques jours plus tard, j’étais chez mon frère. Il me parle de Christian, un copain à nous qui avait eu un accident de voiture deux ou trois semaines auparavant. Il était mort sur le coup. Mon frère était allé à son enterrement et avait retrouvé, à l’occasion de cet enterrement, des gens qu’on avait connus il y a plus de trente ans, à l’époque où on passait nos vacances d’été avec les surfers de Lacanau. Christian était un gars de notre village mais on le voyait surtout à Lacanau. C’était pas tout près, Lacanau. C’était bien à 30 km. Mais on y allait tous les Week-ends en été. On s’emmerdait sur cette plage mais on était dans le groupe le plus frimeur et le plus dominant de Lacanau. Pour s’occuper, après d’interminables séances de plage à regarder les vagues  et à écouter les commentaires des copains surfers sur la qualité de ces vagues, on allait boire des bières. Jusque tard dans la nuit. On dormait chez le père d’un copain de mon frère et on repartait chez nous le lendemain.

En dehors de la consommation de bières, de quelques séances de bain de mer et de pratique de  surf (certains le pratiquaient réellement), tout ce beau monde s’occupait à draguer. Ça voulait dire, en ce qui me concernait, que je passais mon temps à « porter la chandelle », c’est-à-dire que je regardais les autres draguer. Les filles du groupe étaient toutes de magnifiques « surfer-girls » admirablement bronzées, les cheveux longs, décolorés pas la mer et le soleil, belles et sûres d’elles. Moi, pour appartenir au groupe, je n’avais pas besoin d’avoir ce physique de rêve puisque j’étais la sœur de quelqu’un. Mais comme je ne faisais pas partie de celles qu’on draguait, je m’emmerdais ferme. Ça ne veut pas dire que j’ai un mauvais souvenir de cette époque. S’emmerder et porter la chandelle fait partie de l’adolescence et finalement, en dehors des enfances marquées par des sévices réels, j’imagine que tout ce qui se passe dans l’enfance et l’adolescence reste, dans nos souvenirs, quelque chose d’agréable parce que ça appartient à une époque où on était plus jeune et plus insouciant que dans notre vraie vie d’adulte….quelque chose comme ça.

 

Christian était un vrai surfer, un vrai amoureux de la mer. Il était grand, très beau, très sportif et son amour de la mer et du surf était tel que la mer est devenue son lieu de vie professionnelle. Christian est devenu, plus tard, le Maître nageur sauveteur en chef de Lacanau.

A son enterrement, mon frère a donc retrouvé certains de nos amis surfers. Les déesses blondes et bronzées, les surfers girls de la fin des années soixante-dix étaient devenues des mamies quinquagénaires un peu grosses... Mais les revoir trente ans après, ça vous ramène automatiquement à vos souvenirs.

Et en écoutant mon frère parler d’enterrement d’un ami et de retrouvailles d’amis anciens et de vacances à la plage, ça m’a fait penser au film. Je dis à mon frère. « Tiens, j’ai vu un film qui s’appelle Les Petits mouchoirs…. »

Il me répond : « Ah ! Tu l’as vu ! Tu sais que c’est Joël Dupuch qui joue l’ostréiculteur ! » J’hésite un peu. Il ajoute « tu te souviens de Joël Dupuch ? un interne….Un rouquin menu… Il jouait dans la soirée des internes…. »

 

A ce moment-là, un flux de souvenirs m’envahit. La soirée des internes…La célèbre soirée des internes…Oui, les Petits mouchoirs, ça me ramène à l’ensemble des souvenirs de cette époque : la plage à Lacanau, le lycée avec la soirée des internes où se produisaient tous ceux qui avaient envie de se produire en spectacle, le lycée, les internes que nous étions, infiniment moins nombreux que les externes et tellement reconnaissables parce que nous étions ploucs, enfants d’agriculteurs, de viticulteurs, d’ostréiculteurs, venus du Médoc, du Cap Ferret ou de la région de La Réole. On était deux ou trois cent filles. Autant de garçons. Notre lycée était un ancien château du XVIIIème siècle situé dans un parc arboré. Nous ne nous rendions pas compte de la chance que nous avions à vivre dans un environnement aussi beau. Il y avait des centaines de cachettes qui étaient pour la plupart des lieux de rendez-vous amoureux. Car les internes, filles et garçons vivaient dans le même lieu et n’étaient séparés que pour aller dans les salles d’études puis dans les dortoirs. Après le repas du soir, dans la demi heure qui précédait le moment où l’on devait rejoindre nos salles d’études respectives puis  nos dortoirs respectifs, les garçons venaient dans le secteur des filles. Ceux qui avaient une guitare, jouaient et chantaient devant la salle d’étude des filles de terminale. Ils étaient entourés d’une nuée d’admiratrices. Il faut dire que l’occupation principale des internes était la drague. Pas les études. La drague. Les études, c’était le côté désagréable de notre présence dans ce lieu. Nous étions là, surtout, pour draguer.

 

La soirée des internes avait lieu dans le foyer des garçons, deux ou trois fois pas an je crois…Ou alors seulement juste avant les vacances de noël. Je ne me souviens pas. C’était un spectacle fait par les élèves pour les élèves. Pas un truc organisé par les profs. Juste un truc d’élèves. Certains chantaient. D’autres jouaient un sketch. Un élève présentait les différentes productions, les différents spectacles. J’aurais bien aimé faire quelque chose mais bien sûr, je n’ai jamais rien fait. J’étais timide et paresseuse. N’empêche qu’en tant que spectatrice, j’en ai gardé une trace, de cette incroyable organisation. C’est quelque chose qui m’a marquée durablement, qui m’a formée.

Nous disons souvent entre nous (mon frère et mes sœurs) que nos années d’internat nous ont souillés. Que si nous n’avions pas été internes, nous aurions certainement été de bons élèves, qu’on n’aurait pas redoublé, qu’on aurait fait de meilleures études…


Pourtant, en y repensant, je me dis que ces années, même si elles ont été des années de perdition car non seulement nous n’avons pas travaillé comme nous aurions dû le faire mais aussi nous avons appris à boire de l’alcool et à fumer, ces années ont créé quelque chose en nous, une forme de culture, notre culture à nous et c’est un peu de ça que j’ai retrouvé dans le film des Petits mouchoirs, dans le groupe d’amis qui se retrouvait au Cap Ferret, dans la morale simple et naturelle de Jean-Louis (Joël Dupuch) l’ostréiculteur…Notre lycée où nous étions internes ne nous a pas apporté ce que nous étions venus y chercher mais il n’a pas forcément fait de nous des ruines, des déchets par rapport à ce que nous aurions pu être….Notre lycée a fait de nous des gens qui peuvent se reconnaître dans le film « les Petits mouchoirs », des gens qui se sentent totalement solidaires avec Joël, notre ancien camarade d’internat qui, non seulement énonce dans le film une philosophie qui l’a amené à devenir une marionnette des Guignols mais aussi a fait de lui quelqu’un qui a réalisé tous ses rêves : être ostréiculteur et acteur…acteur dans son propre rôle.

 

  

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D
<br /> Je prends enfin un peu de temps pour mettre un commentaire chez. Ou deux. Ou trois. Je ne sais pas encore. Tiens,une chose qui m'avait frappée dans ce que tu m'avait dit juste au-dessus, c'est<br /> par rapport au manque de confiance. C'est un point sur lequel tu as raison 1000 fois. Pourtant j'ai fait d'énormes progrès dans ce domaine, tu ne peux même pas imaginer à quel point....Et<br /> pourtant malgré tous mes efforts cela transparait encore à travers moi. A travers ce que je fais, ce que je dis, comment je me comporte. Toi qui ne me connait pas, sauf à travers nos écrits, tu<br /> peux lire en moi très aisément sur ce point précis. L'autre journ il y a un cardio quo m'a dit que j'"étais son visiteur médival préféré tu sais pourquoi? Car je suis tout le contraire du<br /> commercial sûr de lui. Je doute, je n'ai pas confiance en moi, et il le voit, il le sent. Et il préfère cela plutôt que les mecs ou les nanas trop sûrs d'eux. Alors bien sûr cela m'a fait plaisir<br /> d'entendre cela et d'un autre côté cela m'a ramené à mon manque de confiance chronique. En gros il m'a mis le nez dans mon caca, car c'est tout ce que je déteste entendre. A chaque fois, c'est<br /> comme si j'étais pris en flagrant délit d'une grosse connerie, je me dis que ce n'est pas possible que cela se voit autant et je m'en veux d'être aussi faible ou tout au moins de paraitre aussi faible. Car faible je ne le suis pas, cela par contre j'en suis convaincu. Et j'en reviens encore une fois à la schizophrénie, à la dualité qui<br /> m'a toujours habitée et hantée. Comment puis-je me sentir aussi différent intérieurement de ce que je montre aux autres??? Je ne sais toujours pas. Pour en revenir à ce que tu disais, je ne suis<br /> pas persuadé que je puisse encore beaucoup évoluer dans l'avenir, il me restera toujours une base incompressible, celle qui fait que je suis moi, que je suis ce que je suis profondément.<br /> <br /> <br /> En tout merci pour ce message que je trouve très sympa et surtout pour les choses intimes que tu me dis, notamment par rapport à tes moments de faiblesse. Cela me fait penser que je ne suis pas<br /> seul à avoir ce type de passage à vide et les moyens que tu as utilisés pour essayer de trouver des solutions me semblent parfaitement utiles et intelligents. <br /> <br /> <br /> Je continue la guitare comme jamais.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> merci pour ce commentaire. je suis d'accord avec ce médecin pour ce qui est des commerciaux sûrs d'eux. Et si t'es le préféré de ce cardio, y a une bonne raison. la bise.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> J'ai été absent à cause des vacances. J'ai été absent car j'ai été bien déprimé. Mon dos avait l'air de se remettre en place tout doucement comme dirait Bibi et je reprenais le moral. Et il était<br /> temps que je retourne voir mon neurochirurgien pour le suivi de mon cerveau (4 ans que je ne l'avais pas vu). j'avais RDV lundi 7 novembre. J'ai passé une IRM 15 jours avant et le radiologue m'a<br /> annoncé qu'il y avait une nouvelle tache dans mon cerveau. La douche froide. J'ai balisé pendant 15 jours en m'imaginant en pleine trépanation, tu me connais je ne suis pas positif comme garçon,<br /> moi....je dois reconnaitre que,après le dos, cela m'a carrément achevé. Depuis lundi, je respire. J'ai certe une petite malformation qui a saigné mais elle est tellement petite que cela ne sert à<br /> rien de l'enlever. Comme m'a dit le neurochirurgien, il faudrait faire faire l'exérèse de la moitié de mon cerveau pour l'atteindre,alors...Pour mon dos, il m'a dit d'attendre et que cela serait<br /> très probablement passé dans deux à trois mois...patience. Et puis pour mes autres troubles, vertiges, tremblements de la tête,il pense que c'est lié à l'anxiété. En fait,il m'a carrément dit que<br /> mon cerveau secrètait probablement trop de bidules anxiogènes, que je ne pouvais rien y faire, que j'étais fait comme cela et que je ne pouvais rien y faire, un peu comme le fait d'être petit ou<br /> d'avoir un grand nez. La solution d'après lui? Reprendre des anxiolytiques pour combattre cette anxiété naturellement trop élévée. Et bien, plus j'y réfléchis plus je pense qu'il a raison. J'ai<br /> toujours pensé être anormal et bien je crois que j'ai trouvé cette tare que je sentais en moi. Je dois avoir trop de neuromédiateurs qui foutent le bordel dans ma tête. Un bordel monstre. Et cela<br /> me ronge et me mine la vie. Alors je vais reprendre mon bon vieux Xanax et remettre ma petite camisole chimique. Vous n'êtes pas malade qu'il m'a dit....un peu quand même,oh, si...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> Merci pour ton commentaire et pour les nouvelles que tu me donnes. Je suis persuadée qu'une partie de nos problèmes de santé est due à notre stress que nous alimentons souvent par des<br /> questionnements fatigants et inutiles. Le travail de développement personnel que je fais depuis quelques années en travaillant mon dessin et mon écriture et en étant une "décroissante" m'aide à<br /> aller mieux, j'en suis persuadée. Pas mal de douleurs physiques ont disparu et mes "pulsions suicidaires" sont devenues assez rares même si j'en ai un peu en ce moment mais ça ne dure pas.<br /> Je te dis ça parce que c'est quand même un peu une interprétation possible de ce que t'a dit ton chirurgien. Y a du bordel dans ta tête, OK mais y a des solutions. Prends ton xanax (un peu) mais<br /> prends aussi ta guitare (beaucoup). Tu manques pas mal de confiance en toi, je crois mais ça va venir et tu as le temps....quarante ans, c'est jeune pour ça. Tu as le temps de prendre confiance<br /> et de faire ce que tu aimes vraiment et tu as aussi l'amour de ta famille qui doit te donner de la force. Et merci pour la force que tu me donnes. J'ai fini la partie la plus dure de<br /> mon déménagement et je vais reprendre mes activités de dessin et d'écriture. ça me manque et ça doit être la raison de mes pulsions négatives...à bientôt.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> J'aime beaucoup ce texte. Il me parle de choses que je ne connais pas et en même temps que je connais très bien. Je pourrais reprendre les mêmes idées en changeant le lieu, les noms et écrire<br /> quelque chose de similaire, peut-être même que je l'ai déjà fait quand j'ai raconté mes études. Je me reconnais vraiment là dedans: dans la nostalgie qui se dégage de ce texte, dans le fait que<br /> tu écris que tout cela n'a pas été vain, dans l'idée du temps qui passe. J'aime aussi ton texte car il parle d'un film qui m'a beaucoup touché. Ma femme l'avit vu au cinéma et il y a quelques<br /> mois nous l'avons loué et regardé ensemble. Elle m'avait dit qu'elle avait beaucoup pleuré à la fin du film et que c'était très émouvant. Elle ne s'était pas trompée, la fin oest assez poignante<br /> et les vacances communes de tous ces gens m'ont parfois rappelé les miennes. L'égoïsme aussi de tous ceux-ci m'a sauté au visage. Je trouve que cela résume assez bien l'état d'esprit dans lequel<br /> nous vivons actuellement. Merci encore pour ceci.<br /> <br /> <br /> Voilà.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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