Maman arrive en Tunisie
Ce week-end, j’ai travaillé sur mon texte concernant la maison familiale qui est l’objet d’un conflit entre moi et mes cousines. Cette histoire est une obsession. J’y pense plus ou moins tout le temps. Ai-je raison ? ai-je tort dans cette affaire ? Fallait-il vraiment entrer dans ce projet de vente de mes cousines et le contrarier ?
Toute ma famille maternelle est maintenant montée contre moi. Je suis pour tous ces gens la « méchante ». D’une certaine façon, ça m’est égal de ne pas être aimée par ces gens que je n’aime pas. Car, il faut bien dire les choses comme elles sont : je ne les aime pas. Et qu’est-ce qui pourrait me faire penser que ces gens m’aiment ou aiment quelqu’un de ma famille proche ? Ils se sont foutus de nous depuis toujours tout en parlant de liens de famille. De quels liens de famille parlent-ils ? Quelle famille avons-nous ?
Je vous parlais la semaine dernière, dans mon blog, du fait que maman a été éliminée de la famille à l’âge de 25 ou 26 ans. Ils n’ont peut-être pas voulu l’éliminer définitivement mais le fait est qu’ils ont réussi à l’éloigner. Maman s’est mariée avec papa sans trop savoir pourquoi. Les choses se sont passées en dehors d’elle. Papa vivait alors en Tunisie, dans un bled très, très isolé. Maman a eu sa cérémonie de mariage avec robe blanche, bouquets de fleurs et pas de cadeaux puisqu’ils allaient, elle et son nouveau mari, loin, très loin, en Tunisie. Maman, pour suivre son nouveau mari, allait abandonner son travail. Elle était Professeur de la Ville de Paris et, en dépit de ce que lui disait son père qui la dénigrait tout le temps, c’était un excellent poste. Très bien payé. Papa, en Tunisie, était officiellement ingénieur agricole.
Après la cérémonie de mariage, mes parents ont pris le train. Ils ont dormi dans un hôtel minable à Marseille. Ils ont ensuite embarqué pour la Tunisie. Ils sont arrivés en Tunisie et sont partis immédiatement sur la ferme où travaillait mon père. Loin de toute vie. Mon père était en réalité ouvrier agricole et ne gagnait presque rien. Maman qui avait surtout vécu à Paris se retrouvait d’un coup seule dans une maison éloignée du premier village de peut-être 50 km. Elle était seule et papa travaillait sur la ferme et revenait le soir. Elle s’occupait de tâches ménagères. Elle dessinait. Elle rêvait au bébé qui allait naître (ma sœur aînée). Cette vie aurait peut-être duré des années si les évènements de Tunisie n’avaient pas abouti à rapatrier mes parents en France, c'est-à-dire, en ce qui les concerne, à Bordeaux où vivaient mes grands-parents paternels.
L’éloignement de ma mère n’a donc pas été très long ni définitif.
Pourquoi avait-on voulu l’éloigner ? Parce qu’elle risquait d’être communiste ? Le fait qu’elle ait voyagé dans des pays comme Israël ou la Bulgarie la rendait très suspecte. Le fait qu’elle ait accepté un rendez-vous avec un jeune homme communiste aggravait son cas. Un de mes oncles, il y a quatre ou cinq ans, en plein repas familial, a rappelé le passé communiste de maman. Maman avait très honte. C’est dire que cette suspicion d’être communiste a été importante aux yeux de la famille et a pu justifier qu’on envoie maman au loin.
Drôle d’époque. Drôle de famille.
Maman m’a parlé une fois d’un cousin qu’elle avait. Un cousin de la partie charentaise de la famille. C’était le fils de l’oncle de mon grand-père, l’oncle qu’on appelait tonton Paul. Tonton Paul était l’homme le plus puissant du village. D’ailleurs, il était maire. Il avait épousé une femme très belle et avait eu deux enfants nés au début du siècle (la deuxième était née en 1918 et avait reçu le surnom de « le renfort »). J’ai connu cette dame (la fille de tonton Paul). Elle était extrêmement belle et distinguée. Son frère, nous ne l’avons jamais connu. Maman non plus ne l’a pas connu. C’était un très beau jeune homme paraît-il. Mais son comportement ne convenait pas à sa famille. On l’a envoyé en Afrique à l’âge de 25 ans et personne ne l’a jamais revu.