l'inachèvement (2)
chère mary, cher Dexter,
merci à tous deux pour vos commentaires de ce texte que personne d'autre n'a dû lire...il est si long...Vous avez été bien courageux d'aller jusqu'au bout....Mais en l'écrivant, j'ai compris certaines choses sur le sens de la créativité. On supporte certains choses terribles de la vie de tous les jours parce que ces choses terribles nous permettent de créer.
Vous m'avez tous deux dit que l'échange qu'il y a eu entre ma mère et moi à partir d'un conflit concernant une maison familiale en vente, c'est ça qui est important. Le conflit qu'il y a depuis maintenant 6 mois à propos de cette maison est extrêment éprouvant. Il y a quelque chose de fou dans l'idée qu'on se bat comme ça pour une maison et les argumentations des uns et des autres tournent souvent à l'absurdité, à la folie... on se menace de procès, on se fait du chantage, on se balance des choses haineuses...Alors qu'on s'est à peine vues (mes cousines et moi) quelques minutes en dix ans ou même moins encore...
Et il y a maman qui s'est mise à me raconter son histoire, l'histoire de sa vie, l'histoire d'une petite fille née dans un milieu très privilégié, heureuse avec ses frères quand elle était petite, toute petite....Mais depuis toujours, il y avait des signes qui lui montraient que ses parents ne l'aimaient pas. Elle était différente. Elle n'était pas ce qu'ils auraient voulu qu'elle soit peut-être. Et c'est dans son adolescence puis dans sa vie de jeune fille que toutes les manoeuvres de rejet, d'élimination sont apparues. Mais elle ne s'en est jamais rendue compte. On l'a empêchée d'aller au lycée alors qu'elle était brillante, puis on lui a fait sentir qu'elle n'était pas intelligente puisqu'elle n'avait pas eu son bac ; on l'a empêchée de voir un jeune homme qui lui faisait la cour et pour qu'elle ne le revoie pas, on l'a mariée avec un plouc pour l'éloigner (le plouc, c'est mon papa) et elle a tout accepté, sans jamais leur en vouloir. Et maintenant que la dernière manoeuvre est en train de se faire pour la déshériter du dernier petit bout de maison auquel elle ou ses enfants auraient pu avoir droit, elle se met à se souvenir et à comprendre, à comprendre comment on l'a éliminée et comment on nous a nous aussi, ses enfants, éliminés.
Je vais recopier sur ce blog un morceau des mémoires qu'elle m'a confiées. Pas tout de suite. Bientôt.