souvenez-vous de Copenhague
Haïti est-elle une île maudite ? Ses habitants sont-ils plus malchanceux que ceux du reste du monde ? Que signifie cette catastrophe naturelle qui les a massacrés et qui s’est ajoutée à toutes les autres catastrophes qu’ils ont connues ? C’est la question que tout le monde se pose.
Nous, en Guadeloupe, on se la pose aussi, bien sûr. Haïti n’est pas très près de nous mais on se sent proche des haïtiens même si, souvent, on peste contre eux quand ils viennent en Guadeloupe.
Ils viennent souvent en clandestins. Ceux qui s’installent dans les bois, coupent des arbres et les brûlent pour cultiver leurs champs (de beaux arbres, parfois, des arbres au bois précieux, des arbres vieux de plusieurs dizaines d’années, souvent).
Ils viennent ensuite sur les marchés, nous vendre leurs légumes.
On dit qu’ils pratiquent la sorcellerie, que leurs fruits ont été touchés par certaines magies qui font que celui qui consomme le fruit sera ensuite conditionné pour en acheter, la fois suivante, au marchand qui lui a vendu ce fruit. Rien de très différent de ce que les publicités font (dans les pays riches) pour nous obliger à consommer. Sauf que les haïtiens ont des techniques plus dégoûtantes (on dit qu’ils font pipi sur les légumes pour attacher le client au marchand).
Revenons-en à ce qui conduit les haïtiens à souffrir de la catastrophe dont tout le monde parle depuis presque une semaine.
La raison qui, depuis des dizaines d’années, pousse les haïtiens à venir en Guadeloupe et dans les autres îles et à Miami et en Guyane…C’est la misère. Et la raison qui rend si grave le récent tremblement de terre, c’est la misère aussi.
Ici, en Guadeloupe, beaucoup disent que, nous aussi, on aurait pu avoir un gros tremblement de terre. Pointe-à-Pitre avait peut-être les mêmes chances, au même moment que Port-au-Prince, d’être touchée par un tremblement de terre de magnitude supérieure à 7.
Pourtant, Pointe-à-Pitre ne se transformerait pas en charnier d’une telle ampleur si un malheur de ce type se présentait.
Parce qu’il n’y a pas à Pointe-à-Pitre, les conditions de démographie, de misère, de corruption qu’il y a à Port-au-Prince.
La Guadeloupe, est un département français. Les constructions obéissent à des normes parasismiques (surtout quand les constructions sont des bâtiments administratifs ou des immeubles collectifs) et il n’y a pas d’entassement démographique comparable à celui de Port-au-Prince, à Pointe-à-Pitre. Donc, rien ne serait comparable. En tout cas, dans les conditions actuelles.
Ce qui arrive à Haïti aujourd’hui, c’est, en petit, ce qui pourrait arriver à la Planète dans vingt, trente, quarante ans, si nous ne faisons pas attention à la protéger.
Trois semaines après la conférence de Copenhague, la catastrophe d’Haïti résonne en nous comme un avertissement. Haïti est dévastée par l’inégalité sociale, par le mépris du reste du monde, par les dettes du pays, par l’épuisement total des richesses de la nature (qui a abouti à la désertification des collines et par la pollution de la mer) à cause de la misère et de la démographie excessive.
C’est exactement ce qui menace la Planète.
Aujourd’hui, on se demande où on va évacuer les milliers ou millions de sans abris d’Haïti. On peut toujours les inviter sur nos territoires de pays riches. Il y a encore de la place dans les campagnes françaises, américaines, en Ecosse, en Mongolie...Ou ailleurs. On pourrait imaginer que les pays riches pourraient reconstruire une jolie petite capitale d’Haïti et reboiseraient ses alentours pendant que les habitants se referaient une santé ailleurs. Au bout de quelques années, Haïti reconstruite serait prête à retrouver ses habitants.
Pourquoi pas ?
Mais maintenant, imaginons ce qui se passerait si ce n’était pas un pays mais la planète entière qui était dans l’état d’Haïti aujourd’hui. On nous évacuerait où ?
Bien sûr, quand on voit la Guadeloupe, si verdoyante (aujourd’hui, il pleut et on avait vraiment besoin de cette pluie), on a du mal à imaginer que de telles catastrophes puissent nous arriver.
Mais les économistes sérieux, les philosophes, les biologistes qui, comme Yves Paccalet, comme Albert Jacquart, étudient ces phénomènes depuis des années, savent bien que les premiers touchés seront (et sont déjà depuis un moment déjà), les plus pauvres de la planète et que les pays riches seront bien obligés, un jour ou l’autre d’accueillir les millions de réfugiés qui n’auront plus de pays. C’est ce qui arrive aujourd’hui avec Haïti et qui arrivera certainement avec d'autres pays.
Une nouvelle philosophie de l’immigration va se mettre en place. Parce qu’on n’aura plus le choix. Parce que si nous, les riches nous laissons les haïtiens seuls, sans ressources dans leur île, ça se verra, on aura l’air inhumains, on se sentira coupables, on ne le supportera pas parce qu’on a inventé au XXème siècle tout un système d’associations de solidarité qui pointent du doigt ceux qui ne sont pas généreux, qui ne sont pas solidaires. Et quelque chose va se passer. Une sorte de révolution dans les mentalités. On va apprendre à intégrer les réfugiés d’Haïti et d’ailleurs. On va apprendre à partager nos richesses.
Peut-être plus vite que ce qu’on avait imaginé avant, à l’époque déjà lointaine de la conférence de Copenhague.