Jours de grève

Publié le par elizabeth971

Coucou, me revoici ! voici deux petits articles que j'ai écrits pendant le grève :

 vendredi 30 janvier

Poule grise est revenue sous l'arbre à pain, avec sept petits poussins duveteux. Ils ont peut-être un jour. Deux au maximum. Il y en a un noir, un blanc, les autres sont rayés comme de tous petits marcassins. La vue de Poule grise, toute ronde et prospère avec ses sept petits a été pour moi une bouffée de bonheur. La vie revient. La vie qui, petit à petit s'était retirée du jardin depuis que les chiens errants rôdent et qu'ont disparu, l'un après l'autre, les poulets de la dernière couvée de Poule grise, cette vie reprend d'un seul coup avec la naissance de cette nouvelle génération. Malgré les chiens errants, malgré la grève, malgré le rétrécissement de nos stocks de nourriture et le naufrage de mon compte en banque, la vie revient. Nous n'allons pas mourir. Ce n'est pas la fin du monde. Il y a toujours un renouveau. Pour l'instant, la grève ne me dérange pas. Ma vie s'est organisée comme si j'étais en vacances. De bonnes vacances tranquilles qui se passent entièrement à la maison. Il y a beaucoup de vent. Il pleut toutes les nuits. Nos pieds sont glacés quand nous marchons sans chaussures sur le carrelage. Nous sommes enrhumés. Nous restons donc au chaud, à la maison. Nous nous occupons de nos affaires. Lui, il bricole dans sa maison. Moi, je dessine et j'écris. Mes affaires avancent et j'en suis heureuse. Je vis dans une sorte de présent. Comme si la grève ne devait jamais s'arrêter et que nous devions vivre éternellement sur des stocks qui diminuent mais ne disparaissent pas réellement. Quand il n'y aura plus rien il restera encore les boîtes de conserves de haricots blancs. Il ne semble pas plus gêné que moi. Il dit que la grève ne durera pas éternellement, que nous retournerons au travail. Il faudra bien. En attendant nous vivons agréablement ce repos, cette absence d'énervement sur la route, cette absence de calculs permanents pour éviter les embouteillages. J'oublie par moments que mon compte en banque est vide et il me semble que ça n'a pas vraiment d'importance. Nous sommes dans la vie. Nous ne sommes pas dans l'agitation habituelle, dans l'inquiétude. Nous vivons sans bouger et nous avons une sorte de certitude que des choses se résoudront toutes seules pendant que nous sommes tranquilles à la maison à faire ce que nous aimons faire. Je n'ai pas touché à ma voiture depuis plusieurs jours. Pas de travail, pas de deuxième travail, pas de départ avant le lever du soleil, pas de retour après le coucher du soleil. Pas d'embouteillages, pas d'insupportables marcheurs et cyclistes sur la route parce que je ne suis justement pas sur la route, du moins en voiture. Quand je suis sur la route, c'est à pied, avec mon sac à dos.

Mercredi 4 février La grève continue et nous continuons de vivre dans la paix et l'innocence. L'idée que je dois trouver de l'argent pour payer mes impôts, les loyers et les assurances n'est pas constamment dans mon esprit. Après tout, mon salaire de janvier a été versé et il m'a permis d'avoir un compte positif pour deux ou trois semaines. Mes occupations ressemblent celles de mon enfance. Je nourris le petit peuple de gallinacés qui vient, le matin, sous l'arbre à pain. J'observe le jardin et tous les animaux qui viennent s'y nourrir. Je les observe pour les dessiner et je dessine aussi les arbres. Le petit livre illustré que je prépare est en quelque sorte terminé du moins dans sa conception. Il faut encore que je dessine la première de couverture et que je fasse une petite reliure. Il y a toujours des corrections à faire dans certains dessins mais même si je ne les corrige pas, je peux quand même envoyer mon travail car il n'est pas si mal tel qu'il est. Cette paix occasionnée par la grève est très propice à ma créativité, à la nécessité que j'ai de terminer ce petit livre. Aujourd'hui, je souhaite concevoir ma première de couverture. Quand nous aurons la possibilité d'aller dans les magasins, j'achèterai une cartouche couleur pour tout photocopier mais si je ne le peux pas, ce n'est pas dramatique. Il est possible qu'on reprenne le travail demain. Il est possible qu'il y ait de l'essence aujourd'hui dans les stations. C'est ce qu'ils disent à la télé mais ici, on est loin de tout et on ne peut pas être sûr que tout ça soit vrai. Peut-être qu'il y a une file immense de voitures et pas assez d'essence pour tout le monde. Alors, pour l'instant, puisque de toute façon le travail n'a pas repris, je reste à la maison. J'ai fait mes petites courses à la supérette locale. J'espérais trouver des oeufs et du fromage. Il n'y avait pas d'oeufs et je n'ai pas trouvé le fromage que je voulais. J'ai pris une boîte de thon (pour faire une tarte au thon) et un pain. J'en ai eu pour trois euros quand même. Mais il y a de quoi manger pour aujourd'hui. J'ai plusieurs paquets de nouilles et de riz ainsi qu'une vingtaine de boîtes de conserve dans mes placards mais sans accompagnement d'un peu de frais, c'est assez triste. Mon doudou, lui, il mange chez sa maman qui sait nourrir les hommes comme ils doivent être nourris. Il n'y a donc pas vraiment de problème. Pour ce qui est des restes pour les poules, j'ai un peu de mal car je n'ai pas de restes. Alors, ce matin, j'ai fait cuire quelques spaghettis que j'ai coupés en tout petits morceaux pour la poule et ses poussins qui venaient jusqu'aux marches de la maison pour me dire qu'ils mourraient de faim. Mes spaghettis coupés les ont apaisés.
Publicité

Publié dans actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Ils ont commencé à parler de vous il y a a peine trois jours au infos. j'ai halluciné de voir tout le temps où on n'a pas entendu parler des grèves en guadeloupe.<br /> <br /> As tu trouver comment mettre des photos sur le blog?
Répondre