Sardines à l'eau
Rien à dire cette semaine ?
Je n’ai pas lu ce week-end (j’ai sorti mon Farenheit 451 pour le lire mais il est en anglais – j’achète des livres en anglais parce qu’ils sont moins chers en anglais qu’en français sur Amazon, mais c’est plus long à lire –mais je ne l’ai pas ouvert). Je n’ai pas non plus allumé mon ordinateur. Alors qu’ai-je fait ?
Plein de choses mais surtout….
J’ai nagé parmi les poissons pendant plus d’une heure.
On était ensemble, Doudou et moi, on nageait. Moi, j’avais le masque et je le lui passais de temps en temps (je vais en acheter un autre maintenant que je sais qu’il y a tant à voir sous l’eau chez nous). Et puis il est sorti de l’eau pour parler avec un copain qui était sur les rochers avec sa famille, en train de pêcher à la ligne.
« Tu vois des poissons ? » me criait mon doudou
- Yen a plein, mais les gros - je crois que ce sont des poissons-chats- ils sont allés dormir, sous les rochers. »
Le gars, il n’attrapait pas un poisson.
Et moi, je pars nager un peu plus loin, sous l’œil vigilant de mon chéri qui est toujours sur les rochers.
Je regarde les coraux. Il n’y en a pas beaucoup là où je nage mais le peu qu’il y a est en bonne santé.
Je regarde les différents poissons de couleurs et de formes différentes et tout à coup, le banc de petits poissons argentés est là, sous moi. Ils nagent en rang, en groupe, tous dans la même direction, ils sont sous moi mais aussi, loin devant moi, il y en a encore, ils sont un peu flous parce que lointains déjà. Il y en a des milliers, peut-être des millions. Je nage au milieu d'eux sans jamais parvenir à les toucher. Je nage en remuant mes bras et mes jambes le plus discrètement possible. Dès que mes mouvements sont un peu brusques, le banc tout entier réagit, se déporte. Il y a des reflets argentés, ce sont ceux des poissons qui ont, à un moment, changé de position.
Je les suis. Je me dis : « Est-ce que je suis en mesure de penser à mes problèmes financiers, là, tout de suite ? » Et la question s’en va, sans réponse, sans intérêt parce que la seule chose qui m’intéresse vraiment, c’est d’être là, parmi eux, parmi les millions de poissons argentés qui suivent tous le même chemin, tous à la même vitesse. Quand je les regarde de près, un à un, je vois qu’ils sont d’un blanc transparent et pas argenté (ce n’est que quand ils frétillent qu’ils deviennent argentés). Une ligne de couleur ocre les sépare horizontalement en deux : la ligne part de l’œil et se prolonge jusqu’à la queue.
Ce sont des sardines. J’en ai bien l’intuition mais ça me sera confirmé un peu plus tard.
Des sardines, déjà bien en rang, bien serrées les unes contre les autres, comme elles le seront dans la boîte en fer blanc, le jour où un grand filet s’abattra sur leur groupe. Elles fuient peut-être quelque chose, un prédateur et c’est peut-être pour ça qu’elles nagent toutes à cette vitesse constante. Chacune doit se positionner devant l’autre, si possible, car personne ne veut être la dernière du groupe. La dernière sardine du banc est celle qui sera mangée.
Je lève de temps en temps la tête hors de l’eau, pour voir si je ne m’éloigne pas trop. Je suis loin du quai, il faut que je revienne. Doudou a plongé dans la mer, sans doute parce que les pêcheurs à la ligne sont partis. La nuit est en train de tomber.
Je vais à la rencontre de mon doudou.
Sur le quai, il y a un jeune homme.
Doudou l’appelle :
« John ! »
La conversation s’engage. Le jeune homme est un pêcheur qui s’apprête à partir sur son bateau pour pêcher des poissons rouges (des vivanneaux). On les pêche la nuit, un peu au large.
John s’adresse à moi :
« Vous avez vu les sardines ?
-Oui. Il y en a des milliers.
Il me parle des barracudas. « Ils sont toujours derrière le banc de sardines, » explique-t-il. « il faut faire attention à ne pas avoir de bijoux qui brillent parce qu’ils pourraient vous mordre. »
Le bateau de John arrive. Il monte dessus et part pêcher. C’est la nuit maintenant. On rentre à la maison.