une grève sans fin

Publié le par elizabeth971

samedi 21 février

Aujourd'hui, j'ai fait pas mal de choses intéressantes : j'ai dessiné, j'ai regardé la télé et j'ai fait ma marche pour aller à la plage.

Regarder la télé n'est pas forcément une occupation vaine. La télé nous donne, depuis le début de la grève, une véritable formation d'économie et de conseils à la création d'entreprise car des chefs d'entreprise, des sociologues, des avocats en droit viennent, chacun son tour dans notre écran avec leurs témoignages, leurs connaissances, pour nous expliquer ce qui se passe en ce moment dans notre île. Nous apprenons énormément de choses sur les entreprises et je connais de mieux en mieux, grâce à ces émissions, les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber quand on crée son entreprise (ça pourrait m'intéresser des fois que je voudrais créer mon entreprise un jour...).
M. Angèle le président du MEDEF local, est un des personnages les plus fréquemment invités dans ces émissions. Dans son discours, un peu toujours le même, il nous met en garde contre les conséquences négatives de la grève sur les entreprises : les petites entreprises risquent de ne plus exister après la fin de la grève. Que sera alors notre économie ? Ne serons-nous pas dans une situation encore plus difficile que celle que l’on voulait améliorer en faisant la grève ?

 Dans la rubrique « entreprises en danger », nous avons vu dans une autre émission un témoignage poignant : celui d'un petit commerçant qui se plaignait des barrages dressés par les jeunes (comme quoi, il prouvait qu'il ne faisait pas partie des jeunes casseurs). Ce jeune homme nous expliquait qu'à cause des barrages, ses clients ne pouvaient plus venir jusque chez lui, ce qui mettait en péril son petit commerce. Quel commerce ? Il s’agissait en fait d’un commerce de drogues. Eh oui ! Les revendeurs d’herbe et de crack sont eux aussi victimes de la grève…. Ce témoignage illustrait parfaitement les propos de Willy Angèle concernant la ruine des petites entreprises de la Guadeloupe.

Mercredi 25 février

Comment vivons nous pendant la grève ? Chacun, à la radio, dans les blogs, explique sa façon de vivre depuis que tout s’est arrêté. C’est ce que je fais depuis le 20 janvier. Je vous explique comment je vis. Dans une sorte de présent qui reste toujours le présent : sans aller régulièrement au travail (on y va un jour sur deux pour économiser l’essence), sans faire de courses au supermarché, sans faire de deuxième travail (en ce qui me concerne), sans recevoir de factures (la poste est en grève), sans envoyer son loyer à son propriétaire (la poste est en grève). Nous vivons hors du temps.

En fait, nous vivons comme dans le film « un jour sans fin ». Dans ce film, on voit un personnage pour qui la vie s’arrête un jour : un matin, il se rend compte qu'il revit chaque jour la même journée : le temps s'est arrêté pour lui mais pour lui tout seul. J'ai déjà analysé ce film dans un de mes articles mais pour vous éviter la peine d'y retourner, je fais un résumé :

 Lorsqu’il réalise que le temps s’est arrêté, il commence par se mettre en colère puis il se dit que, puisque le temps n'existe pas, ses actions n'ont pas de conséquence : il peut voler, tuer , se suicider. Après bien des expériences, il comprend enfin que le temps qui s'arrête est pour lui une opportunité pour apprendre des techniques artistiques. Le temps ne recommence à exister, pour lui, que lorsqu'il est expert dans les activités artistiques qu'il a choisies et qu'il est devenu un « sage ».

Pour nous, en Guadeloupe, le temps s'est arrêté le 20 janvier. Que faire de tout ce temps qui nous permet peut-être d'entrer dans une dimension différente ? Faut-il passer notre temps à trouver coûte que coûte de l'essence et des magasins ouverts pour qu'il n'y ait pas de rupture dans la continuité de notre vie ?

Pour moi, le temps qui s'est arrêté est un temps qui m'est offert pour que je me perfectionne dans mes activités artistiques. Dans le film, c'était un seul personnage qui expérimentait toutes les possibilités les unes après les autres. Dans ce que nous vivons en ce moment, chaque personne vit cette période d’une façon différente. Pour les uns, c’est une catastrophe, pour d’autres, c’est une occasion de tout voler et tout casser, pour d’autres encore, c’est une opportunité pour vivre autre chose. Chacun, en fonction de sa situation et de son vécu va apprendre quelque chose de cet arrêt du temps.

Et pour la nourriture, comment je fais ? C’est un peu dur. Je me prive. Mais tant qu’on a des nouilles et des boîtes de conserve, on ne meurt pas de faim.

à bientôt. bisous. merci, Mary, pour tous tes messages d'encouragement.
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Publié dans actualité

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M
De rien.<br /> <br /> J'ai halluciné concernant le vendeur de drogue. Il ne manque pas de culot celui là.
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