la gadoue, la gadoue, la gadoue....
En ce moment, il pleut.
Ce n'est cependant pas un déluge comme il y en a eu en Martinique la semaine dernière.
Il pleut juste assez souvent. Un jour il pleut, un jour non.
En tout cas, les jardins ne nécessitent pas d'arrosage en ce moment et les forêts sont humides.
C'est une histoire de forêt que je vais raconter. Je ne vais pas souvent en forêt. Je veux dire en forêt tropicale bien dense, bien épaisse.
Le week-end dernier, nous avons été invités à faire une randonnée en forêt pour aller voir une belle cascade (de plus de cent mètres de hauteur, je crois).
Il est très déconseillé de faire des randonnées en forêt quand il pleut. La personne qui devait nous guider dans la forêt étant très expérimentée, nous ne nous sommes pas renseignés sur le temps. Quand nous avons vu, en nous réveillant le matin, qu'il avait beaucoup plu pendant la nuit, nous avons espéré que la randonnée serait annulée.
Je téléphone à la copine qui m'avait invitée. Elle me dit : « on arrive .» ça voulait dire que la randonnée n'avait pas été annulée.
Ils étaient trois dans le quatre-quatre :
-Le grand sportif expérimenté connaissant très très bien la forêt où nous allions.
-Un ami à lui (un collègue de France venu passer des vacances en Guadeloupe).
-La copine qui nous avait invités.
Avec, nous en plus, ça faisait cinq.
Je précise qu'on est tous vieux (c'est-à-dire quarante cinq ans (l'âge de mon doudou) et plus.
Le grand sportif qui conduisait le quatre-quatre et qui devait nous guider est à la retraite depuis deux ou trois ans et, depuis, se consacre entièrement au sport.
On avait amené un pique-nique : une salade que j'avais mise dans la glacière, pensant qu'on mangerait dans la voiture au retour de la promenade. Le chef de l'expédition a dit que nous mangerions à la cascade. Il avait prévu des baguettes de pain et de la charcuterie. Les autres avaient aussi amené de la charcuterie (légère dans les sacs à dos).
Nous, nous avons laissé notre salade dans la glacière, dans la voiture et nous avons pris une boîte de thon et un paquet de chips. Ça a très bien fait l'affaire finalement. Pour ce qui est de l'eau, nous avions des bouteilles, mais le chef de l'expédition a dit qu'on boirait l'eau de la rivière. J'ai quand même eu le droit d'emmener une petite bouteille de 50cl.
La randonnée a commencé. Nous nous sommes enfoncés dans la forêt. Nous évitions soigneusement les endroits humides et nous écartions le plus souvent possible du chemin central pour ne pas marcher dans la boue. J'avais mes chaussures de marche neuves (elles ont trois mois) que j'aime beaucoup. J'essayais de ne pas les abîmer.
Quand est arrivé le premier bras de rivière (nous devions traverser la rivière sept fois avant d'arriver à la cascade), j'ai enlevé mes chaussures pour ne pas les abîmer. Il a fallu arriver au quatrième bras de rivière pour que j'accepte d'aller dans l'eau avec mes chaussures : je faisais perdre trop de temps au reste de l'équipe avec mes séances de chaussures à retirer et à remettre.
Et puis, je commençais à fatiguer et quand on est fatigué, on oublie peu à peu nos caprices, nos petites comédies, nos jolies chaussures. On fait ce que tout le monde fait.
Le chemin était de plus en plus boueux et escarpé.
Et d'un seul coup, ce qui devait arriver est arrivé : j'ai eu ma crise de genou. Ça faisait trois ou quatre ans que je n'avais pas fait de randonnée alors j'avais oublié mes crises de genou. Nous n'étions pas arrivés à la cascade que, déjà, je commençais à boiter. Mais nous n'étions pas loin : deux ou trois petites montées à la corde (l'ONF équipe les forêts de cordes et de marches pour aider les randonneurs) et nous y étions.
Très jolie cascade.
Bon. On a attendu le chef qui pêchait des écrevisses dans la cascade. Ensuite on a mangé. Le thon en boîte en sandwich dans le pain avec en plus les chips, c'est un très bon pique nique.
On n'est pas repartis tout de suite. On a vu arriver quelques jeunes touristes (moyenne d'âge vingt cinq ans) par groupes de deux ou de quatre. Ils ont mangé aussi.
On a attendu le signal de notre chef et on est repartis. Il était peut-être trois heures... Mon genou était toujours bloqué.
Nous avions au moins deux heures de marche (deux heures, selon le panneau planté à l'entrée de la forêt, mais par beau temps puisque le même panneau déconseille fortement de faire cette randonnée par temps de pluie).
Nous avons marché pendant plus de deux heures, peut-être trois et sans notre guide qui, lassé de notre lenteur était parti devant en nous en petite foulée après nous avoir laissé les clés de sa voiture.
Il nous fallait passer de nouveau la rivière sept fois. Il fallait qu'il ne pleuve pas avant le septième bras de rivière. Mais bien avant le sixième, il a commencé à pleuvoir légèrement.
Le dernier couple de jeunes randonneurs nous avait dépassés depuis longtemps.
Et moi, je boitais dans la boue.
Encouragée par les blagues de mon compagnon qui ne me lâchait jamais, ne se fâchait pas, je continuais de marcher. Il m'accompagnait, m'aidait, mon gentil compagnon.
Le ciel est devenu plus menaçant. Enfin, c’est plutôt la forêt qui devenait menaçante car le ciel, nous ne le voyions pas.
Si la pluie tombait avant notre dernier passage de la rivière, la rivière gonflerait et nous emporterait si nous tentions quand même de passer. Je me suis dépêchée. J'ai essayé d'aller plus vite en oubliant que j'avais mal. C'est une chose qu'on dit dans la philosophie orientale : la peur peut nous donner "des ailes" et en même temps, nous faire oublier nos souffrances. Je suis donc passée en « mode peur » pour ne plus avoir mal. Il faut avouer que la douleur n'était pas absolument intolérable.
Je n'avais mal que quand je marchais dans un terrain ni horizontal ni lisse.
Le terrain n'était presque jamais horizontal et lisse.
On pataugeait dans la gadoue tels des soldats américains cherchant l'hélicoptère dans « Good morning Vietnam » ou « apocalypse now ». Il fallait se dépêcher parce que nous étions en danger et mon compagnon m'aidait patiemment à me dépêcher. À peine avons nous passé le dernier bras de rivière qu'une pluie diluvienne s'est abattue sur nous.
Mon compagnon me disait que nous n’étions plus en danger, que nous n’aurions plus besoin de repasser la rivière mais j'avais un doute. Peut-être qu'il me disait ça pour me faire plaisir. Je continuais d'avancer aussi vite que possible dans la boue.
Si ce n'était pas vrai, si on n’avait pas correctement compté les passages de rivière et qu'il en restait encore un, alors, c'était certain, nous dormirions dans la forêt et….Pas dans un hamac….Dans la gadoue, au milieu des grouillements d' insectes et de crapauds. Là, ça deviendrait les tranchées de la guerre de 14.
Mais on ne m'avait pas menti. Nous avions bel et bien passé le dernier bras de rivière. Nous étions arrivés. Nous étions sauvés.
Le chef de l'expédition n'était plus là lorsque nous sommes arrivés à la voiture. Nous avions pour consigne de conduire jusqu'à ce que nous le rencontrions en train de courir sur la route.
Nous avons roulé quinze kilomètres avant de le retrouver.
Je ne ferai plus de randonnée avec des sportifs.
Mon genou s'est remis au bout de deux jours. Je marche à nouveau normalement.
Ce n'est cependant pas un déluge comme il y en a eu en Martinique la semaine dernière.
Il pleut juste assez souvent. Un jour il pleut, un jour non.
En tout cas, les jardins ne nécessitent pas d'arrosage en ce moment et les forêts sont humides.
C'est une histoire de forêt que je vais raconter. Je ne vais pas souvent en forêt. Je veux dire en forêt tropicale bien dense, bien épaisse.
Le week-end dernier, nous avons été invités à faire une randonnée en forêt pour aller voir une belle cascade (de plus de cent mètres de hauteur, je crois).
Il est très déconseillé de faire des randonnées en forêt quand il pleut. La personne qui devait nous guider dans la forêt étant très expérimentée, nous ne nous sommes pas renseignés sur le temps. Quand nous avons vu, en nous réveillant le matin, qu'il avait beaucoup plu pendant la nuit, nous avons espéré que la randonnée serait annulée.
Je téléphone à la copine qui m'avait invitée. Elle me dit : « on arrive .» ça voulait dire que la randonnée n'avait pas été annulée.
Ils étaient trois dans le quatre-quatre :
-Le grand sportif expérimenté connaissant très très bien la forêt où nous allions.
-Un ami à lui (un collègue de France venu passer des vacances en Guadeloupe).
-La copine qui nous avait invités.
Avec, nous en plus, ça faisait cinq.
Je précise qu'on est tous vieux (c'est-à-dire quarante cinq ans (l'âge de mon doudou) et plus.
Le grand sportif qui conduisait le quatre-quatre et qui devait nous guider est à la retraite depuis deux ou trois ans et, depuis, se consacre entièrement au sport.
On avait amené un pique-nique : une salade que j'avais mise dans la glacière, pensant qu'on mangerait dans la voiture au retour de la promenade. Le chef de l'expédition a dit que nous mangerions à la cascade. Il avait prévu des baguettes de pain et de la charcuterie. Les autres avaient aussi amené de la charcuterie (légère dans les sacs à dos).
Nous, nous avons laissé notre salade dans la glacière, dans la voiture et nous avons pris une boîte de thon et un paquet de chips. Ça a très bien fait l'affaire finalement. Pour ce qui est de l'eau, nous avions des bouteilles, mais le chef de l'expédition a dit qu'on boirait l'eau de la rivière. J'ai quand même eu le droit d'emmener une petite bouteille de 50cl.
La randonnée a commencé. Nous nous sommes enfoncés dans la forêt. Nous évitions soigneusement les endroits humides et nous écartions le plus souvent possible du chemin central pour ne pas marcher dans la boue. J'avais mes chaussures de marche neuves (elles ont trois mois) que j'aime beaucoup. J'essayais de ne pas les abîmer.
Quand est arrivé le premier bras de rivière (nous devions traverser la rivière sept fois avant d'arriver à la cascade), j'ai enlevé mes chaussures pour ne pas les abîmer. Il a fallu arriver au quatrième bras de rivière pour que j'accepte d'aller dans l'eau avec mes chaussures : je faisais perdre trop de temps au reste de l'équipe avec mes séances de chaussures à retirer et à remettre.
Et puis, je commençais à fatiguer et quand on est fatigué, on oublie peu à peu nos caprices, nos petites comédies, nos jolies chaussures. On fait ce que tout le monde fait.
Le chemin était de plus en plus boueux et escarpé.
Et d'un seul coup, ce qui devait arriver est arrivé : j'ai eu ma crise de genou. Ça faisait trois ou quatre ans que je n'avais pas fait de randonnée alors j'avais oublié mes crises de genou. Nous n'étions pas arrivés à la cascade que, déjà, je commençais à boiter. Mais nous n'étions pas loin : deux ou trois petites montées à la corde (l'ONF équipe les forêts de cordes et de marches pour aider les randonneurs) et nous y étions.
Très jolie cascade.
Bon. On a attendu le chef qui pêchait des écrevisses dans la cascade. Ensuite on a mangé. Le thon en boîte en sandwich dans le pain avec en plus les chips, c'est un très bon pique nique.
On n'est pas repartis tout de suite. On a vu arriver quelques jeunes touristes (moyenne d'âge vingt cinq ans) par groupes de deux ou de quatre. Ils ont mangé aussi.
On a attendu le signal de notre chef et on est repartis. Il était peut-être trois heures... Mon genou était toujours bloqué.
Nous avions au moins deux heures de marche (deux heures, selon le panneau planté à l'entrée de la forêt, mais par beau temps puisque le même panneau déconseille fortement de faire cette randonnée par temps de pluie).
Nous avons marché pendant plus de deux heures, peut-être trois et sans notre guide qui, lassé de notre lenteur était parti devant en nous en petite foulée après nous avoir laissé les clés de sa voiture.
Il nous fallait passer de nouveau la rivière sept fois. Il fallait qu'il ne pleuve pas avant le septième bras de rivière. Mais bien avant le sixième, il a commencé à pleuvoir légèrement.
Le dernier couple de jeunes randonneurs nous avait dépassés depuis longtemps.
Et moi, je boitais dans la boue.
Encouragée par les blagues de mon compagnon qui ne me lâchait jamais, ne se fâchait pas, je continuais de marcher. Il m'accompagnait, m'aidait, mon gentil compagnon.
Le ciel est devenu plus menaçant. Enfin, c’est plutôt la forêt qui devenait menaçante car le ciel, nous ne le voyions pas.
Si la pluie tombait avant notre dernier passage de la rivière, la rivière gonflerait et nous emporterait si nous tentions quand même de passer. Je me suis dépêchée. J'ai essayé d'aller plus vite en oubliant que j'avais mal. C'est une chose qu'on dit dans la philosophie orientale : la peur peut nous donner "des ailes" et en même temps, nous faire oublier nos souffrances. Je suis donc passée en « mode peur » pour ne plus avoir mal. Il faut avouer que la douleur n'était pas absolument intolérable.
Je n'avais mal que quand je marchais dans un terrain ni horizontal ni lisse.
Le terrain n'était presque jamais horizontal et lisse.
On pataugeait dans la gadoue tels des soldats américains cherchant l'hélicoptère dans « Good morning Vietnam » ou « apocalypse now ». Il fallait se dépêcher parce que nous étions en danger et mon compagnon m'aidait patiemment à me dépêcher. À peine avons nous passé le dernier bras de rivière qu'une pluie diluvienne s'est abattue sur nous.
Mon compagnon me disait que nous n’étions plus en danger, que nous n’aurions plus besoin de repasser la rivière mais j'avais un doute. Peut-être qu'il me disait ça pour me faire plaisir. Je continuais d'avancer aussi vite que possible dans la boue.
Si ce n'était pas vrai, si on n’avait pas correctement compté les passages de rivière et qu'il en restait encore un, alors, c'était certain, nous dormirions dans la forêt et….Pas dans un hamac….Dans la gadoue, au milieu des grouillements d' insectes et de crapauds. Là, ça deviendrait les tranchées de la guerre de 14.
Mais on ne m'avait pas menti. Nous avions bel et bien passé le dernier bras de rivière. Nous étions arrivés. Nous étions sauvés.
Le chef de l'expédition n'était plus là lorsque nous sommes arrivés à la voiture. Nous avions pour consigne de conduire jusqu'à ce que nous le rencontrions en train de courir sur la route.
Nous avons roulé quinze kilomètres avant de le retrouver.
Je ne ferai plus de randonnée avec des sportifs.
Mon genou s'est remis au bout de deux jours. Je marche à nouveau normalement.
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